Crédit immobilier : peut-on emprunter sans questionnaire de santé en 2024 ?

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La loi Lemoine entrée en vigueur en 2022 permet à certaines personnes d’accéder à un crédit immobilier sans devoir remplir de questionnaire de santé lors de la souscription à l’assurance emprunteur. Voyons quelles sont les conditions pour profiter de cette mesure et quelles sont les informations qu’il faut toujours renseigner à l’assureur.

Qu’est-ce que la loi Lemoine assurance de prêt immobilier ?

La souscription à une assurance emprunteur reste un préalable pour obtenir son crédit immobilier. La banque veut se prémunir contre les défauts de paiement en cas de survenance d’un accident de la vie dont serait victime l’emprunteur (décès, invalidité, incapacité de travail voire perte d’emploi). En cas de sinistre couvert, l'assurance de prêt rembourse tout ou partie des mensualités, à hauteur des garanties et de la quotité souscrite.

La réglementation autorise le libre choix du contrat d’assurance de prêt. Vous n’êtes pas obligé de souscrire à l’assurance proposée par votre banque si vous trouvez mieux ailleurs (loi Lagarde de septembre 2010). La concurrence est largement plus compétitive, avec des contrats individuels assortis de garanties sur-mesure qui sont jusqu’à 60% moins chers que ceux des bancassureurs, à couverture équivalente. Malheureusement, dans plus de 80% des situations, l’emprunteur souscrit à l’assurance bancaire par ignorance de ses droits, par souci de prioriser l’obtention du financement ou/et par pression du prêteur.

Le législateur a donc introduit la possibilité de résilier le contrat d’assurance en cours de prêt pour le remplacer par une offre externe librement choisie et meilleur marché. Deux dispositifs ont été mis en place successivement :

  • la loi Hamon de juillet 2014 qui permettait de changer d’assurance à tout moment durant la première année de remboursement ;
  • la loi Bourquin de janvier 2018 qui autorisait la substitution annuelle à date d’échéance au-delà des douze premiers mois.

Ces deux lois, désormais caduques, n’ont pas permis de libéraliser le marché de l’assurance emprunteur, obligeant le Parlement à légiférer de nouveau pour renforcer les droits des consommateurs. Adoptée en février 2022 et entrée en vigueur en juin 2022, la loi Lemoine autorise à changer d’assurance de prêt immobilier à tout moment et sans frais, sans attendre la date d’échéance autrefois requise. La substitution de l’assurance est ainsi facilitée. La loi Lemoine contient deux autres mesures importantes dont une qui peut s’avérer antagoniste avec l’esprit de la loi : accéder à une assurance compétitive. Explications.

Quelle assurance ne demande pas de questionnaire de santé ?

Pour valider le changement d’assurance à tout moment, les sénateurs ont imposé l’introduction de deux mesures inclusives pour les profils pénalisés par leur historique de santé :

  • la suppression du questionnaire de santé sous certaines conditions : pour les parts assurées sur l'encours cumulé des contrats de crédit n'excèdant pas 200 000€ par assuré, remboursées avant le 60ème anniversaire de ce dernier, aucune information relative à l'état de santé ni aucun examen médical de l'assuré ne peut être sollicité par l'assureur.
  • l’amélioration du droit à l’oubli : le délai au-delà duquel aucune information médicale relative aux pathologies cancéreuses et à l'hépatite virale C ne peut être recueillie par les organismes assureurs ne peut excéder 5 ans à compter de la fin du protocole thérapeutique et en l’absence de rechute, contre 10 ans auparavant.

Cette évolution permet aux profils touchés par la maladie de ne plus supporter de surprimes ou d’exclusions de garanties, voire un refus d’assurance de prêt immobilier, en raison des risques potentiels de santé.

Attention : en cas d’emprunt à deux, dans le cadre de l’achat de la résidence principale notamment, le couple peut théoriquement emprunter jusqu’à 400 000€ sans questionnaire de santé sous réserve que chacun soit couvert par l’assurance à hauteur de 50% de la somme, obligatoirement soldée avant le 60ème anniversaire. Si la quotité d’assurance est supérieure (elle peut aller jusqu’à 100% sur chaque tête), chaque emprunteur devra se soumettre au questionnaire de santé.

Si l’une des 2 conditions n’est pas respectée (part assurée excédant les 200 000€ et/ou solde au-delà des 60 ans), les emprunteurs malades, anciennement malades ou handicapés relèvent de la convention Aeras (s’Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé), un dispositif qui permet d’accéder à l’assurance de prêt à des conditions standards ou avec une surprime plafonnée, avec ou sans exclusion, selon la pathologie concernée et l’état de santé au moment de la souscription.

Les assureurs ne pouvant plus appliquer de tarification au risque sur le segment des assurances sans questionnaire de santé, les tarifs ont augmenté en moyenne de 20% par rapport aux contrats standards depuis l’entrée en application de la loi Lemoine. Les profils sans risques de santé, génélarement les jeunes emprunteurs, paient pour les autres. Il est alors conseillé de rehausser légèrement le montant du crédit pour souscrire une assurance avec questionnaire, tarifée au risque.

Pour maîtriser le coût de votre garantie emprunteur, mettez les offres en concurrence via un comparateur d’assurance de prêt immobilier, un outil en ligne simple, rapide et gratuit qui vous donne accès aux meilleures offres alternatives du marché. Parmi vos obligations en tant qu’emprunteur, vous devez respecter l’équivalence de garanties : le contrat concurrent doit présenter un niveau de garanties au moins similaire à celui du contrat groupe bancaire.

Quelles sont les informations à déclarer obligatoirement en assurance emprunteur ?

Si vous remplissez les conditions pour échapper au questionnaire de santé, vous devez en revanche compléter un formulaire de souscription qui renseigne l’assureur sur diverses données personnelles :

  • votre âge : plus vous êtes âgé, plus élevée sera la cotisation, en lien avec les statistiques de maladie et de mortalité ;
  • votre profession : un métier à risques comme pompier, agent de sécurité, militaire, ouvrier du bâtiment peut entraîner des exclusions de garantie et une surprime d’assurance ;
  • vos habitudes de vie : fumeur ou non-fumeur, pratique d’un sport à risques (parapente, sports de combat, escalade, sports automobiles, aviation, etc.). Le fait de fumer peut doubler le montant de la cotisation.

Si fumer présente des risques pour la santé, il ne s’agit pas d’une donnée directe de santé. Seules les personnes n’ayant jamais fumé ou celles qui sont sevrées depuis au moins 24 mois sont considérées comme nuon-fumeuses par l’assureur.

Il est important de connaître son profil pour payer le juste prix et n’oubliez pas que vous devez répondre à toutes les questions de manière honnête et sans omission. Toute fausse déclaration intentionnelle ou non intentionnelle entraîne la nullité du contrat d’assurance, au mieux le refus d’indemnisation en cas de sinistre, qu’il soit ou non couvert par les garanties.

 

 

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Crédit immobilier et baisse du taux d’usure : l’assurance emprunteur comme levier clé pour valider l'emprunt

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Arrivée d’un enfant en 2026 : réclamez la prime de naissance de votre mutuelle santé

L’arrivée d’un enfant entraîne de nombreuses dépenses : suivi de grossesse, achat de matériel de puériculture, frais liés à l’accouchement ou encore consultations médicales pour le nouveau-né. En 2026, certaines mutuelles santé continuent de proposer une prime de naissance afin d’aider les jeunes parents à faire face à ces coûts. Souvent méconnue, cette aide financière peut pourtant atteindre plusieurs centaines d’euros selon les contrats. Conditions d’attribution, démarches à effectuer, délai de versement, cumul avec d’autres aides : voici tout ce qu’il faut savoir pour réclamer votre prime de naissance auprès de votre complémentaire santé. Qu’est-ce que la prime de naissance d’une mutuelle santé ? La prime de naissance est une aide financière versée par certaines complémentaires santé lors de la naissance ou de l’adoption d’un enfant. Elle vient compléter les prestations de l’Assurance Maladie et les aides de la CAF (Caisse d’Allocations Familiales). Contrairement à la prime à la naissance de la CAF, cette aide n’est pas obligatoire et ne fait pas partie du cahier des charges des contrats de mutuelle responsable (95% des offres de complémentaire santé). Chaque organisme fixe librement : le montant de la prime  les conditions d’attribution  les délais de versement  les justificatifs à fournir. Le versement peut intervenir avant ou après l’accouchement selon le contrat de mutuelle santé souscrit. Pourquoi les mutuelles proposent-elles une prime de naissance ? Les complémentaires santé utilisent cette garantie pour renforcer leur attractivité auprès des familles. En effet, les dépenses liées à l’arrivée d’un bébé sont importantes : chambre et matériel de puériculture  couches et produits d’hygiène  consultations médicales  frais d’optique ou d’audition éventuels  dépassements d’honoraires à la maternité. L'arrivée d'un bébé coûte en moyenne entre 1 000 et 2 500 € pour l'équipement initial (meubles, poussette, matériel). Une fois le nouveau-né à la maison, prévoyez un budget récurrent de 400 € à 700 € par mois (alimentation, couches, hygiène), hors frais de garde éventuels. La prime de naissance constitue donc un soutien financier ponctuel apprécié des jeunes parents. Quel est le montant de la prime de naissance d’une mutuelle en 2026 ? En 2026, le montant moyen d’une prime de naissance versée par une mutuelle santé varie généralement entre 50 et 500 euros par enfant. Certaines complémentaires haut de gamme peuvent proposer des montants plus élevés, notamment dans les contrats premium de mutuelle familiale. Les critères qui influencent le montant Le montant dépend principalement : du niveau de garanties souscrit  de l’ancienneté dans le contrat  du type de formule familiale  du nombre d’enfants à charge  de la politique commerciale de la mutuelle. Plus la garantie maternité est élevée, plus la prime de naissance peut être importante. Prime de naissance de la mutuelle : attention au délai de carence Certaines mutuelles imposent un délai de carence avant de pouvoir bénéficier de cette aide. Cela signifie que : la grossesse doit intervenir après une certaine période d’adhésion  ou que la naissance doit avoir lieu plusieurs mois après la souscription. Le délai de carence varie souvent entre 3 et 12 mois selon les contrats. Avant de changer de mutuelle santé, il est donc essentiel de vérifier cette condition. Qui peut bénéficier de la prime de naissance ? La prime de naissance est réservée aux adhérents ayant déclaré leur enfant sur leur contrat de complémentaire santé. Les bénéficiaires peuvent être : les salariés et les fonctionnaires couverts par une mutuelle obligatoire d’entreprise  les travailleurs indépendants  les couples ayant souscrit une mutuelle santé individuelle. Naissance, adoption et grossesse multiple Selon les contrats, la prime peut être versée : lors d’une naissance  dans le cadre d’une adoption  pour chaque enfant en cas de jumeaux ou de triplés. Certaines mutuelles accordent une prime doublée lors d’une naissance multiple. Comment réclamer la prime de naissance à sa mutuelle ? Le versement n’est pas automatique. Les parents doivent effectuer une demande auprès de leur complémentaire santé. Les démarches à effectuer Pour obtenir la prime de naissance, il faut : déclarer la naissance à l’organisme complémentaire pour que l’enfant soit rattaché au contrat  transmettre les justificatifs demandés  remplir éventuellement un formulaire de demande. Les démarches peuvent souvent être réalisées directement depuis l’espace adhérent en ligne. Les documents demandés Les mutuelles réclament fréquemment : une copie de l’acte de naissance  un livret de famille mis à jour  une attestation de Sécurité sociale  un RIB pour le versement  un bulletin d’hospitalisation. Certaines complémentaires demandent également un certificat médical de grossesse lorsque la prime est versée avant l’accouchement. Quel délai pour recevoir la prime ? Le délai de versement dépend des organismes. En moyenne, la prime est versée : entre quelques jours et plusieurs semaines après réception du dossier  ou directement après l’enregistrement de l’enfant sur le contrat. Un dossier incomplet peut retarder le paiement. Peut-on cumuler la prime de naissance avec les aides de la CAF ? Oui, la prime de naissance versée par une mutuelle santé peut être cumulée avec les aides publiques. Les principales aides pour les parents Pour une naissance en 2026, les parents bénéficient d'un socle d'aides revalorisé. En France, cela inclut la prime à la naissance de la PAJE (1 093,11 €), l'allocation de base (jusqu'à 196,59 €/mois) et, à partir du le 1er juillet 2026, un nouveau congé de naissance indemnisé de 1 à 2 mois pour chaque parent. La prime de naissance de la mutuelle vient donc compléter ces dispositifs. La prime de naissance est-elle imposable ? Comme la prime de naissance de la CAF, cette aide versée par la mutuelle n’est pas soumise à l’impôt sur le revenu puisqu’il s’agit d’une prestation versée par un organisme complémentaire. Faut-il changer de mutuelle avant une naissance ? De nombreux futurs parents envisagent de changer de mutuelle santé afin d’obtenir une meilleure garantie maternité. Cette stratégie peut être pertinente, à condition d’anticiper suffisamment tôt. Les garanties importantes pour une future maman Une bonne mutuelle maternité doit prévoir : une prise en charge élevée des frais d’hospitalisation  le remboursement des dépassements d’honoraires  un forfait maternité  des garanties pour la chambre individuelle  une couverture des médecines douces  une bonne prise en charge du suivi post-partum. Comparez les offres avant de souscrire Avant de changer de contrat, il est recommandé d’étudier : les niveaux de remboursement  les exclusions  le délai de carence  le montant de la prime de naissance  le coût des cotisations. Un comparatif de mutuelle santé détaillé permet d’éviter les mauvaises surprises au moment de l’accouchement. Les erreurs à éviter pour ne pas perdre sa prime de naissance De nombreux parents passent à côté de cette aide faute d’information ou de démarches effectuées dans les délais. Voici les principales erreurs à éviter : ne pas déclarer rapidement la naissance  oublier d’ajouter l’enfant sur le contrat  envoyer un dossier incomplet  ignorer l’existence d’un délai de carence  dépasser le délai de demande prévu par la mutuelle. Certaines complémentaires imposent une demande dans les 3 ou 6 mois suivant la naissance. Ce qu’il faut retenir sur la prime de naissance de la mutuelle en 2026 La prime de naissance d’une mutuelle santé peut représenter une aide financière précieuse pour les parents en 2026. Son montant varie selon les contrats, mais elle permet souvent d’amortir une partie des dépenses liées à l’arrivée d’un enfant. Pour en bénéficier, il est indispensable : de vérifier la garantie maternité de son contrat  d’anticiper les éventuels délais de carence  d’effectuer rapidement les démarches  de transmettre tous les justificatifs nécessaires. Comparer les mutuelles santé avant une grossesse reste également l’une des meilleures solutions pour profiter d’une couverture adaptée aux besoins de toute la famille.

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Immobilier en France : 57% de propriétaires, taux en baisse

Pendant plus de trois décennies, la France a connu une progression quasi-ininterrompue du nombre de ménages propriétaires de leur résidence principale. Cette dynamique, symbole d'ascension sociale et de sécurité financière, semblait inscrite dans l'ADN du modèle français. Mais les données publiées le 21 janvier par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) viennent briser cette trajectoire : le taux de propriétaires occupants est passé de 58 % à 57 % en moins de 10 ans. Un recul discret en apparence, mais lourd de conséquences économiques et sociales selon les experts du secteur immobilier. Un recul limité du taux de propriétaires occupants  Des décennies de progression effacées en quelques années Depuis les années 1980 jusqu'en 2010, la proportion de Français propriétaires de leur logement n'avait cessé de grimper. Au 1er janvier 2018, 58 % des ménages métropolitains étaient encore propriétaires de leur résidence principale. La période suivante a d'abord été marquée par une stabilisation, avant qu'une légère contraction ne s'amorce. Début 2024, ce taux est descendu à 57 % (données Insee). Ce recul d'un point en moins de 10 ans peut paraître marginal. Il constitue pourtant, selon Henry Buzy-Cazaux, président et fondateur de l'Institut du management des services immobiliers (IMSI), un signal d'alarme sérieux, d'autant que la tendance baissière pourrait se prolonger. La répartition actuelle des statuts d'occupation La photographie actuelle du parc résidentiel français révèle 3 grandes catégories de ménages : 57 % de propriétaires occupants, dont 37 % ont intégralement remboursé leur prêt immobilier 40 % de locataires, dans le secteur privé (23 %) ou dans le parc social (17 %) 2 % de ménages logés à titre gratuit, le plus souvent hébergés par un membre de la famille Quelles sont les causes du déclin de l'accession à la propriété ? Des conditions de financement durcies Le contexte économique des dernières années a profondément modifié les conditions d'accès au crédit immobilier. Plusieurs facteurs combinés ont fragilisé la solvabilité des ménages souhaitant acheter : Des taux d'intérêt en hausse : l’historique des taux indique qu’on est bien loin des valeurs établies dans les années 2020-2022 (entre 1 % et 2 %, hors assurance emprunteur et coût des sûretés), désormais autour de 3,5 % pour un emprunt sur 25 ans. Des prix immobiliers résistants, voire orientés à la hausse dans certaines zones géographiques : entre 2010 et 2020, les prix ont bondi de 22 % en moyenne en France métropolitaine (chiffres Insee). Un allongement des durées d'emprunt, qui accroît le coût global du crédit sans faciliter l'accès au financement : 249 mois en moyenne en avril 2026 (près de 21 ans), contre 213 mois au T4 2017 (Observatoire Crédit Logement). Cette conjonction rend l'équation financière insoluble pour de nombreux primo-accédants, en particulier les jeunes actifs qui deviennent propriétaires de plus en plus tardivement. L'accession reléguée au second plan des politiques publiques Au-delà des conditions de marché, Henry Buzy-Cazaux pointe une défaillance structurelle dans les priorités politiques. Face à la multiplication des candidats locataires, les efforts publics se sont massivement réorientés vers le développement de l'offre locative, délaissant les dispositifs d'aide à l'achat. L'accession à la propriété a ainsi été reléguée au second plan, sans qu'une stratégie cohérente de soutien soit mise en place. Propriété et retraite : un lien indissociable Le recul de la propriété ne se résume pas à une question de logement. Il touche directement au modèle de protection sociale français. Pour Henry Buzy-Cazaux, la capitalisation individuelle représente le seul véritable remède à la dégradation du système de retraite par répartition, aujourd'hui à bout de souffle et que la classe politique ne parvient pas à réformer durablement. Or, cette capitalisation passe en priorité par la détention de la résidence principale. Un ménage propriétaire sans charge de remboursement au moment de la retraite dispose d'un avantage considérable en termes de reste à vivre. À l'inverse, un retraité locataire reste exposé aux aléas des loyers du marché. Les ménages fragilisés face aux crises à venir La baisse du taux de propriétaires crée donc un cercle vicieux : Moins de ménages propriétaires à la retraite signifie davantage de personnes dépendantes des pensions Un système de retraite sous pression croissante ne peut absorber ce surplus de demande Des inégalités patrimoniales qui se creusent entre ceux qui ont pu accéder à la propriété et les autres Quelles solutions pour inverser la tendance ? La piste fiscale, levier prioritaire Plusieurs leviers d'action sont identifiés par les experts. Henry Buzy-Cazaux évoque notamment la voie fiscale comme point d'entrée le plus efficace, en proposant 2 mesures concrètes : Une TVA réduite sur l'acquisition de la résidence principale, pour alléger le coût global de l'achat Des droits de mutation à titre onéreux (DMTO) maîtrisés, afin de réduire les frais de notaire, souvent facteurs de blocage pour les primo-accédants Il reconnaît toutefois le paradoxe : l'État et les collectivités territoriales sont devenus structurellement dépendants de ces recettes fiscales, ce qui rend toute réforme politiquement délicate à engager. Un impératif politique pour le prochain gouvernement Au-delà des mesures techniques, c'est une véritable volonté politique qui est réclamée. Selon le président de l'IMSI, les futurs gouvernants, malgré les contraintes budgétaires bien réelles, devront faire de l'inversion de la courbe d'évolution du taux de propriétaires une priorité nationale. Les axes d'une politique ambitieuse pourraient inclure : La refonte des dispositifs d'aide à l'accession pour les jeunes ménages et les classes moyennes Un soutien renforcé au prêt à taux zéro (PTZ) avec une extension de son périmètre géographique et social Un meilleur encadrement des prix dans les zones tendues, pour réduire le fossé entre revenus et valeurs immobilières Une politique foncière ambitieuse pour libérer des terrains constructibles et augmenter l'offre disponible La baisse du taux de propriétaires de 58 % à 57 % peut sembler anecdotique dans l'immédiat. Mais elle traduit une rupture structurelle profonde, qui touche à la fois au modèle social français, à l'avenir du système de retraite et à la capacité des ménages à se constituer un patrimoine durable. Sans inflexion rapide des politiques publiques, cette tendance risque de s'ancrer durablement, avec des répercussions bien au-delà du seul secteur immobilier. La propriété du logement n'est pas qu'un idéal individuel : elle est un pilier de l'équilibre économique et social de la France. Source : journal Challenges du 11 mai 2026