La question du financement de la santé est de nouveau au cœur des débats. Face à un déficit de la Sécurité sociale qui continue de se creuser, plusieurs pistes sont étudiées pour réduire les dépenses publiques. Mais derrière ces réformes se profile une conséquence directe pour les Français : une hausse des cotisations des mutuelles santé et une augmentation potentielle du reste à charge pour les assurés.
Entre baisse des remboursements de l'Assurance maladie, évolution du contrat responsable, nouvelles franchises médicales et progression des dépenses de santé, l'année 2027 pourrait marquer un tournant pour les assurés. Tour d'horizon des mesures envisagées et de leurs conséquences.
Le déficit de la Sécurité sociale pousse le gouvernement à rechercher des économies
La situation financière de la Sécurité sociale continue de se dégrader. Selon la Cour des comptes, le déficit est en progression constante :
- 10,8 milliards d'euros en 2023
- 15,3 milliards d'euros en 2024
- 21,6 milliards d'euros en 2025
- une nouvelle aggravation est attendue en 2026.
Cette évolution s'explique notamment par plusieurs facteurs structurels :
- le vieillissement de la population
- l'augmentation des maladies chroniques
- une consommation de soins toujours plus importante
- le coût croissant des innovations thérapeutiques.
Dans ce contexte, les pouvoirs publics cherchent des solutions pour ralentir la progression des dépenses sans augmenter massivement les prélèvements obligatoires.
Des remboursements de l'Assurance maladie qui pourraient diminuer
L'une des principales pistes consiste à réduire la prise en charge de certains soins par l'Assurance maladie.
Plusieurs postes sont concernés :
- les consultations et certains actes médicaux
- les transports sanitaires
- certains médicaments.
Un transfert des dépenses vers les complémentaires santé
Concrètement, lorsque la Sécurité Sociale rembourse moins, la différence doit être prise en charge par :
- la mutuelle santé
- ou directement par le patient lorsqu'il ne bénéficie pas d'une complémentaire.
Selon les estimations publiées par L'Argus de l'assurance, ce transfert de charges représenterait entre 1,5 et 2 milliards d'euros.
Même si aucune décision définitive n'a encore été annoncée, plusieurs mesures pourraient être mises en œuvre rapidement par décret.
Les mutuelles pourraient répercuter ces nouvelles charges
Les organismes complémentaires ne disposent pas de ressources illimitées. Si leurs prestations augmentent fortement, ils disposent de peu de leviers :
- relever les cotisations
- diminuer certaines garanties
- renforcer les conditions de remboursement.
Les particuliers comme les entreprises pourraient donc constater une nouvelle augmentation des prix des complémentaires santé en 2027, collectives comme individuelles.
Cette perspective inquiète d'autant plus que les dépenses de santé progressent déjà fortement.
Un grand courtier anticipe une explosion des prestations des complémentaires en 2026
Le courtier Mercer Marsh Benefits France prévoit une année 2026 particulièrement coûteuse pour les organismes complémentaires. Selon son dernier baromètre, les prestations santé progresseraient de 7,2 % en moyenne.
À titre de comparaison, l’inflation était moins forte les années passées :
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Année |
Évolution des prestations |
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2024 |
+3,3 %
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2025 |
+5,5 %
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2026 |
+7,2 %
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Cette estimation de 2026 ne prend pourtant pas en compte :
- les futurs transferts de charges de la Sécurité Sociale
- la contribution supplémentaire de 2,05 % prévue par la loi de financement de la Sécurité Sociale de 2026.
Le coût réel pourrait donc être encore supérieur.
Les soins de ville connaissent la plus forte inflation
Parmi tous les postes de dépenses, les soins de ville enregistrent la progression la plus importante. Les remboursements des complémentaires augmenteraient de 16 %.
Cette hausse s'explique notamment par :
- la revalorisation des consultations de nombreux spécialistes
- une augmentation du nombre de consultations
- des prescriptions médicales plus fréquentes.
Les organismes complémentaires constatent que les patients consultent davantage qu'auparavant, aussi bien en médecine générale qu'en médecine spécialisée.
L'hospitalisation continue également de coûter plus cher
Autre poste en forte progression : l'hospitalisation. Mercer estime que les remboursements progresseront de 6,1 %.
Cette évolution résulte notamment :
- de la hausse des tarifs hospitaliers
- du recours croissant aux chambres particulières
- de l'amélioration des prestations proposées par les établissements.
Ces dépenses pèsent directement sur les contrats de complémentaire santé.
Pharmacie, dentaire et médecines douces suivent la même tendance
D'autres postes affichent également une progression sensible.
Les remboursements augmenteraient de 4,3 %. Cette hausse s'explique notamment par :
- le développement de traitements innovants
- l'utilisation croissante de médicaments coûteux
- la prise en charge de nouveaux traitements contre l'obésité (remboursement Wegovy depuis juin 2026)
Le poste dentaire progresserait de 5,7 %. Le dispositif 100 % Santé ou zéro reste à charge en dentaire favorise notamment le recours aux prothèses en zircone, beaucoup plus nombreuses qu'anticipé lors de la mise en place de la réforme.
Les remboursements des médecines douces augmenteraient de 6,6 %. Les consultations chez les ostéopathes, les psychologues et les étiopathes sont de plus en plus fréquentes.
Une nouvelle taxe sur les complémentaires santé en 2027 ?
Autre sujet de préoccupation : le renouvellement de la taxe sur les cotisations des complémentaires santé. Cette taxe représente environ 1 milliard d'euros.
Si elle était reconduite en 2027, elle viendrait s'ajouter aux nombreuses charges déjà supportées par les organismes complémentaires.
Là encore, le risque est de voir cette hausse être répercutée sur les cotisations des assurés.
Le contrat responsable pourrait évoluer
Aujourd'hui, près de 95 % des complémentaires santé sont des contrats de mutuelle responsable. Ils bénéficient d'avantages fiscaux mais doivent respecter un cahier des charges précis concernant les remboursements.
Des garanties plus limitées ?
L'Assurance Maladie propose désormais de recentrer ces contrats sur des garanties minimales. L'objectif affiché est double :
- limiter les dépenses globales
- proposer des contrats moins chers.
Dans les faits, cette évolution pourrait conduire certains assurés à souscrire une mutuelle discount au risque d’avoir une couverture moins protectrice, et par extension de subir un reste à charge plus élevé.
Les complémentaires santé discutent de cette réforme depuis plusieurs années, tout comme plusieurs parlementaires.
Les franchises médicales pourraient encore augmenter
La Cour des comptes recommande également de revoir les franchises médicales et les participations forfaitaires.
Aujourd'hui, elles concernent notamment :
- les consultations médicales
- les médicaments
- les analyses biologiques
- les transports sanitaires.
De nouvelles dépenses pourraient être concernées
Les propositions portent sur plusieurs évolutions :
- suppression de certaines exonérations (personnes déclarées en ALD notamment)
- extension des franchises à de nouveaux soins (dentiste, sage-femme)
- éventuelle augmentation de leur montant.
Ces mesures restent toutefois à l'état de recommandations.
Les personnes sans mutuelle seraient les premières pénalisées
Si les remboursements de l'Assurance Maladie diminuent, les personnes ne disposant pas d'une complémentaire santé subiront immédiatement une augmentation de leur reste à charge.
Cette situation concerne principalement :
- les ménages aux revenus modestes qui ne bénéficient pas de la Complémentaire Santé Solidaire (CSS)
- certains travailleurs indépendants
- des retraités ayant renoncé à une mutuelle devenue trop coûteuse.
Pour ces publics, le renoncement aux soins pourrait augmenter.
Comment limiter l'impact d'une hausse du reste à charge ?
Même si les réformes ne sont pas encore définitivement adoptées, plusieurs réflexes permettent d'anticiper.
Comparer régulièrement sa mutuelle
Les écarts tarifaires peuvent être importants entre 2 contrats proposant des garanties équivalentes (jusqu’à 300 € par an). Comparer les offres de mutuelle santé permet souvent :
- de réduire sa cotisation
- d'améliorer certains remboursements
- d'adapter son contrat à ses besoins réels.
La résiliation infra-annuelle en mutuelle santé vous autorise à renoncer à votre contrat à tout moment et sans frais après une année de souscription.
Adapter ses garanties
Il est parfois inutile de payer pour des garanties rarement utilisées. À l'inverse, certains assurés ont intérêt à renforcer leur couverture sur les postes les plus coûteux (hospitalisation, dentaire, optique, audiologie).
Vérifier les plafonds de remboursement
Au-delà du prix de la cotisation, il est essentiel d'examiner :
- les plafonds annuels
- les délais de carence
- les exclusions
- les niveaux de remboursement des dépassements d'honoraires.
Vers une année 2027 décisive pour les complémentaires santé
La réforme du financement de la santé pourrait profondément modifier l'équilibre entre Assurance maladie, mutuelles et assurés. Entre transferts de charges, évolution du contrat responsable, hausse des franchises médicales et progression continue des dépenses de santé, les complémentaires devront absorber des coûts toujours plus importants.
Pour les assurés, la conséquence la plus probable est une augmentation du reste à charge, soit par une hausse des cotisations, soit par une réduction des remboursements. Les arbitrages qui seront rendus dans les prochains mois seront donc déterminants pour le budget santé des ménages en 2027.