Covid19 : comment régler le lourd problème des prêts relais ?


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La crise sanitaire qui bloque l'activité immobilière affecte les emprunteurs détenteurs d'un crédit relais, un prêt souscrit pour financer l'achat d'un second logement avant d'avoir vendu le premier. Que se passe-t-il quand le prêt-relais arrive en fin de période sans que la vente ait pu être réalisée ?

Le principe du crédit-relais immobilier

Pour éviter de manquer une affaire, certains emprunteurs se portent acquéreurs d'un bien immobilier avant d'avoir vendu l'ancien logement. Le produit de la vente sera utilisé pour financer tout ou partie du futur logement. Le problème est de faire coïncider la date de la vente du premier logement avec celle de l'achat du prochain. Le temps nécessaire pour trouver l'acheteur au prix escompté se heurte bien souvent à la rapidité exigée pour ne pas passer à côté de la maison ou de l'appartement convoité. Pour éviter ce décalage de trésorerie, ces acquéreurs peuvent s'appuyer sur le prêt-relais, un financement de transition qui doit permettre de faire la liaison entre l'opération d'achat et la revente.

La banque accorde le prêt-relais sur une durée d'un an, renouvelable une fois, à hauteur de 50% à 80% de la valeur du bien mis en vente. Durant ces 12 ou 24 mois, l'emprunteur doit trouver preneur pour le bien mis en vente. Si la somme accordée par la banque n'est pas suffisante pour permettre l'acquisition du nouveau logement, le prêt-relais peut être assorti d'un crédit amortissable à long terme. Le produit de la vente servira à rembourser intégralement le capital du prêt-relais. Entretemps, l'emprunteur paie les intérêts sur la somme empruntée ou bénéficie d'un différé total.

Le prêt-relais au temps du coronavirus

Les mesures de confinement instaurées mi-mars en vertu de l'état d'urgence sanitaire pèsent sur le marché immobilier, bloquant toutes les transactions ou les reportant sine die. Les biens ne se vendent pas, car les visites sont impossibles, les agences immobilières tournent au ralenti ou sont à l'arrêt, et les signatures des actes authentiques sont difficilement envisageables malgré le décret du 3 avril qui autorise les actes notariés à distance. Pour un emprunteur dont le prêt-relais arrive à terme, la situation est inquiétante. Le bien qu'il a mis en vente ne trouve pas preneur ou la promesse de vente ne peut se concrétiser dans les délais. L'emprunteur doit assumer deux logements, et commencer à rembourser le prêt-relais qui s'est tranformé en crédit immobilier classique. Les courtiers se veulent pourtant rassurants.

Renouveler le prêt-relais

On peut aujourd'hui difficilement connaître le nombre d'emprunteurs qui se retrouvent dans cette situation. En 2018, le prêt-relais représentait 4,2% de la production de crédits (chiffres Banque de France). Bien que marginal, le phénomène est réel. L'annonce de la fin du confinement le 11 mai redonne une certaine visibilité au marché. Si le démarrage risque d'être lent, les transactions vont pouvoir reprendre leur cours, offrant la possibilité aux personnes détentrices d'un prêt-relais de finaliser la vente du logement. Il est conseillé au titulaire d'un prêt-relais qui a signé un compromis ou une promesse de vente de contacter l'acheteur pour s'assurer de ses intentions.

Ceux dont le prêt-relais arrive au terme des 12 mois peuvent renouveler pour une période d'un an. L'opération sera coûteuse (un an d'intérêts supplémentaires), mais c'est la seule alternative. Le marché aura sans doute repris un rythme normal d'ici là. Rappelons que les conditions d'emprunt restent propices à l'achat immobilier avec des taux d'intérêts toujours très bas (autour de 1,30% sur 20 ans hors assurance). Face à l'effondrement des marchés boursiers, les Français vont sans doute chercher refuge dans la pierre. Pour certains, l'épreuve du confinement a suscité des envies de maisons à la campagne ou de logements avec jardin.

La baisse des prix est une éventualité qu'il faut intégrer, même s'il est impossible à ce stade d'en connaître l'ampleur. Les notaires ont anticipé un recul de 10% à 15% pour l'année 2020. Un particulier avec un prêt-relais va vouloir vendre vite à l'issue du confinement, quitte à réduire ses prétentions et s'aligner sur les prix du marché. Le prêt-relais étant calculé sur une base inférieure à la valeur du bien, les emprunteurs sont protégés même en cas de revente avec un prix réduit de plus de 10%.

Contacter sa banque

Une personne titulaire d'un prêt-relais doit sans tarder prendre contact avec sa banque ou avec son courtier en crédit pour étudier les solutions. Rien n'oblige les banques à accorder un délai supplémentaire de 12 mois, mais en raison du contexte exceptionnel et des conséquences financières pour des millions de ménages et pour l'économie, gageons qu'elles mettront tout en œuvre pour éviter les défauts de paiement. Bien qu'elles soient polarisées sur les entreprises et la distribution des Prêts Grantis par l'État (PGE), les banques auront à cœur de faciliter la reprise du marché immobilier. N'oublions pas qu'en 2019, elles ont distribué quelque 258 milliards d'euros de prêts à l'habitat, un record, et que leurs prévisions d'activité pour l'année 2020 sont alignées sur cette performance. Le crédit immobilier constitue un produit d'appel pour les établissements financiers, certes peu rémunérateur en période de taux au plancher, mais vecteur pour commercialiser d'autres produits à marges plus confortables (assurances, placements).

Publié par Astrid Cousin le

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