L’accès aux soins en France se dégrade de manière préoccupante, comme le révèle la 3ᵉ édition du baromètre de l’accès aux soins réalisé par Ipsos pour la Fédération hospitalière de France (FHF). Derrière les constats globaux se cachent 3 chiffres clés particulièrement alarmants : explosion des délais de rendez-vous, renoncement massif aux soins et recours inadapté aux urgences. Ces indicateurs traduisent une crise structurelle du système de santé qui pénalise directement les patients. Découvrez une analyse complète des données essentielles à retenir, ainsi que leurs implications concrètes.
Un système de santé sous tension : inquiétude généralisée des Français
Avant même d’entrer dans les chiffres, le climat global est marqué par une forte défiance et une inquiétude croissante.
Une perception très négative de la situation
Les Français expriment massivement des sentiments négatifs face à l’état actuel du système de santé :
- 90 % se disent en colère face au manque de moyens hospitaliers.
- 89 % estiment qu’un investissement urgent est nécessaire.
- 85 % dénoncent des inégalités d’accès aux soins.
Ces résultats traduisent une perte de confiance structurelle, alimentée par des difficultés concrètes d’accès aux professionnels de santé.
Une peur réelle de ne pas être soigné
Au-delà des opinions, les craintes individuelles sont très présentes :
- 73 % des Français ont peur de ne pas accéder à des soins de qualité en cas d’urgence.
- 63 % redoutent une hospitalisation dans le contexte actuel.
Cette anxiété est directement liée aux tensions sur le système de santé et à la saturation des structures hospitalières.
Chiffre n°1 – Des délais d’attente qui explosent
L’allongement des délais de rendez-vous constitue l’un des principaux freins à l’accès aux soins.
Des délais moyens très élevés selon les spécialités
Les temps d’attente varient fortement selon les professionnels, mais restent globalement préoccupants :
- Médecin généraliste : 12 jours
- Pédiatre : 3 semaines
- Gynécologue ou psychiatre : 2 mois
- ORL : plus de 2 mois
- Ophtalmologiste : près de 3 mois
- Cardiologue : plus de 3 mois
- Dermatologue : plus de 4 mois
Certains spécialistes deviennent quasiment inaccessibles dans des délais raisonnables, notamment les dermatologues où l’attente peut aller jusqu’à 1 an !
Une aggravation continue depuis plusieurs années
La situation s’est nettement détériorée depuis 2019 :
- Délais multipliés par 3 pour les médecins généralistes
- Délais doublés pour plusieurs spécialistes (ORL, cardiologues, dermatologues)
Cette évolution traduit :
- Une pénurie de professionnels de santé
- Une demande en forte augmentation
- Une organisation territoriale inadaptée
Des inégalités territoriales persistantes
L’accès aux soins varie fortement selon les régions :
- Certaines zones dépassent 20 semaines d’attente pour un dermatologue.
- Même les zones les mieux dotées comme la région PACA restent sous tension.
La fracture territoriale en matière de santé continue de s’accentuer.
Chiffre n°2 – 73 % des Français ont déjà renoncé à des soins
Le renoncement aux soins est désormais un phénomène massif, en constante progression.
Une hausse continue du renoncement
Sur les 5 dernières années, 73 % des Français ont renoncé à au moins un acte médical, contre 68 % en 2025 et 63 % en 2024.
La tendance est clairement à la hausse, signe d’un accès de plus en plus difficile.
Les principales raisons du renoncement
Trois facteurs majeurs expliquent ce phénomène :
1. Les délais trop longs (facteur principal)
- 59 % des renoncements sont liés à l’attente.
- Difficulté à obtenir un rendez-vous rapide.
2. Le coût des soins
- 40 % des Français renoncent pour des raisons financières.
- Reste à charge trop élevé malgré les remboursements de la Sécurité Sociale.
3. L’éloignement géographique
- 38 % évoquent la distance comme frein.
- Manque de professionnels dans certaines zones (désert médical).
Les types de soins les plus concernés
Les renoncements portent sur plusieurs actes essentiels :
- Consultations médicales
- Analyses et examens
- Achat de médicaments
Ce phénomène a des conséquences directes sur la santé publique, notamment en retardant les diagnostics.
Chiffre n°3 – 1 Français sur 2 se rend aux urgences sans nécessité
Le recours inapproprié aux urgences est un autre indicateur clé des dysfonctionnements du système.
Une fréquentation élevée et inadaptée
- 49 % des Français se sont déjà rendus au service d’urgence sans réelle urgence médicale.
- Une hausse par rapport à 42 % en 2019.
Ce chiffre illustre un report massif vers l’hôpital faute d’alternatives. Ce sont les plus jeunes qui abusent davantage du système : 57 % des moins de 35 ans se sont rendus aux urgences alors que leur situation ne le justifiait pas.
Les principales raisons de ce recours
Plusieurs facteurs expliquent ce comportement :
- Manque d’information sur les alternatives (29 %)
- Difficulté à obtenir un rendez-vous en ville (27 %)
- Recherche de rapidité et d’examens immédiats (27 %)
- Refus de prise en charge sans rendez-vous (18 %)
- Proximité géographique des urgences (15 %)
Un symptôme d’un système désorganisé
Le recours aux urgences reflète :
- Une médecine de ville saturée
- Un manque de coordination entre acteurs
- Une absence de solutions accessibles rapidement
Résultat : une surcharge des services d’urgence, déjà sous pression.
Quelles conséquences pour les patients ?
Ces 3 chiffres clés ont des impacts concrets sur la population.
Une dégradation de la prise en charge
- Retards de diagnostic
- Aggravation des pathologies
- Suivi médical insuffisant
Une inégalité croissante face aux soins
Les populations les plus fragiles sont les plus touchées :
- Personnes à faibles revenus
- Habitants des zones rurales
- Patients sans complémentaire santé
Une pression accrue sur les hôpitaux
- Engorgement des urgences
- Conditions de travail dégradées pour les soignants
- Baisse de la qualité des soins
La cherté des complémentaires santé creuse le phénomène de renoncement aux soins. Il faut compter au bas mot 80 € par mois pour une mutuelle santé senior avec des garanties minimales, les retraités étant davantage fragilisés que les actifs (mutuelle obligatoire pour les salariés et la fonction publique, mutuelle loi Madelin pour les TNS), puisqu’ils doivent assumer entièrement leur cotisation. Seuls les plus modestes peuvent accéder à la Complémentaire Santé Solidaire (CSS) qui ouvre droit à une mutuelle gratuite ou à faible participation financière.
Vers une crise durable de l’accès aux soins ?
Les indicateurs montrent une tendance structurelle inquiétante.
Un système à bout de souffle
Les difficultés actuelles résultent de plusieurs facteurs cumulés :
- Vieillissement de la population
- Désertification médicale
- Manque d’attractivité des métiers de santé
- Organisation territoriale inadaptée
Des solutions encore insuffisantes
Malgré certaines initiatives, les réponses restent limitées :
- Développement de la télémédecine
- Réorganisation des parcours de soins
- Incitations à l’installation des médecins
Ces mesures peinent encore à inverser la tendance.
L’accès aux soins est aujourd’hui l’un des principaux défis du système de santé français. Les délais d’attente, le renoncement aux soins et le recours excessif aux urgences ne sont pas des phénomènes isolés, mais les symptômes d’un déséquilibre global.
Pour les patients, ces difficultés se traduisent par une prise en charge plus tardive, plus complexe et parfois incomplète. À moyen terme, sans réforme structurelle, ces tensions pourraient continuer de s’aggraver.
L’enjeu est désormais clair : garantir un accès équitable, rapide et efficace aux soins pour l’ensemble de la population.
Source : 3ème édition du Baromètre de l’accès aux soins de la Fédération Hospitalière de France (FHF), mars 2026