Chaque année, les franchises médicales non payées par les assurés représentent 1,5 milliard d’euros de perte pour l’Assurance Maladie. Dans son rapport sur l’application de la loi de financement de la Sécurité Sociale, la Cour des comptes préconise de ponctionner directement les comptes bancaires des patients pour récupérer ce manque à gagner. L’institution propose également de revoir les cas d'exemption de franchises médicales et de participations forfaitaires.
Le déficit abyssal de la Sécurité Sociale
La situation financière de la Sécurité Sociale inquiète fortement la Cour des comptes. Dans son rapport publié le 27 mai, l’institution estime que les comptes sociaux se dégradent rapidement et que des mesures fortes devront être prises dans les prochaines années.
Le déficit de la Sécurité Sociale a en effet fortement progressé ces 3 dernières années :
- 10,8 milliards d’euros en 2023
- 15,3 milliards d’euros en 2024
- 21,6 milliards d’euros en 2025.
En seulement 2 ans, le déficit a donc doublé. La branche maladie reste la plus touchée avec près de 15,9 milliards d’euros de déficit, devant la branche vieillesse.
Pour la Cour des comptes, la situation devient préoccupante, d’autant plus que les conséquences économiques des tensions géopolitiques internationales pourraient encore fragiliser les finances publiques. L’institution estime ainsi que la Sécurité Sociale ne dispose plus de réserves suffisantes pour absorber un nouveau choc économique.
Pourquoi les franchises médicales sont dans le viseur ?
Afin de rétablir l’équilibre des comptes sociaux d’ici 2030, la Cour des comptes demande un effort supplémentaire de 6 milliards d’euros par an. Parmi les pistes évoquées figure un renforcement des franchises médicales et des participations forfaitaires.
Pour rappel, la franchise médicale correspond à la somme qui reste à la charge du patient après remboursement de la Sécurité Sociale. Elle s’applique sur :
- les médicaments
- les actes paramédicaux
- les transports sanitaires.
La participation forfaitaire de 2 € concerne quant à elle les consultations médicales et les examens. Elle s’élevait à 1 € avant le 15 mai 2024.
Depuis 2024, les franchises médicales ont déjà doublé :
- 1 euro par boîte de médicament
- 1 euro par acte paramédical
- 4 euros par transport sanitaire.
Le plafond annuel reste fixé à 50 euros par assuré.
La Cour des comptes considère toutefois que ces dispositifs pourraient être encore renforcés afin de réduire les dépenses d’assurance maladie.
Important : les contrats de mutuelle responsable n’ont pas le droit de prendre en charge les franchises médicales et participations forfaitaires : ces sommes sont définitivement dues par le patient.
Un prélèvement direct des franchises médicales sur les comptes bancaires des assurés
Parmi les propositions les plus sensibles figure la possibilité de récupérer automatiquement les franchises médicales non réglées directement sur les comptes bancaires des assurés.
Aujourd’hui, les franchises et participations forfaitaires sont généralement déduites des remboursements effectués par l’Assurance Maladie. Toutefois, lorsque les remboursements sont insuffisants ou inexistants, certaines sommes restent impayées.
Selon la Cour des comptes, ces montants non récupérés représenteraient environ 1,5 milliard d’euros chaque année.
Pour limiter ces pertes, l’institution recommande donc de mettre en place un mécanisme de prélèvement automatique bancaire. L’objectif serait de sécuriser le recouvrement des franchises médicales et d’améliorer les recettes de l’Assurance Maladie.
Une telle mesure pourrait toutefois susciter de nombreuses critiques :
- risque de fragilisation des ménages modestes
- complexité administrative
- multiplication des prélèvements automatiques
- crainte d’un recul de l’accès aux soins.
Pour le moment, aucune décision gouvernementale n’a été prise, mais le sujet pourrait revenir dans les prochains débats sur le financement de la Sécurité Sociale pour 2027.
Les soins dentaires bientôt concernés par les franchises médicales ?
Autre piste évoquée : l’extension des franchises médicales à de nouveaux soins, notamment les soins dentaires.
Actuellement, les consultations chez le dentiste ou les soins courants comme le détartrage ou le traitement d’une carie ne sont pas concernés par les franchises médicales.
La Cour des comptes propose désormais qu’une somme de 1 à 2 euros reste à la charge du patient pour certains actes dentaires remboursés par l’Assurance Maladie.
Cette mesure avait déjà été envisagée lors des discussions autour du budget de la Sécurité sociale 2026, mais le gouvernement n’avait finalement pas réussi à faire adopter cet élargissement en raison de son caractère très impopulaire.
Pour les assurés, cela pourrait entraîner une augmentation du reste à charge, notamment pour les personnes ayant besoin de soins dentaires réguliers.
Vers la fin de certaines exemptions de franchises médicales ?
La Cour des comptes souhaite également revoir les cas d’exonération actuellement prévus par la réglementation.
Aujourd’hui, plusieurs catégories de personnes sont dispensées de franchises médicales et de participations forfaitaires, notamment :
- les mineurs
- les femmes enceintes à partir du sixième mois de grossesse
- les bénéficiaires de la Complémentaire Santé Solidaire (CSS)
- les bénéficiaires de l’Aide Médicale d’État (AME)
- les victimes d’actes de terrorisme.
Pour les Sages de la rue Cambon, ces exemptions pourraient être réduites afin d’augmenter les recettes de l’Assurance Maladie.
Cette proposition risque cependant de provoquer un important débat politique et social. Les associations de patients et les représentants des usagers de santé pourraient dénoncer une mesure pénalisant les publics les plus fragiles.
Les femmes enceintes et les mineurs pourraient notamment être particulièrement concernés par cette remise en question des exonérations.
Les transports sanitaires également dans le collimateur
Les dépenses liées aux transports de patients constituent un autre sujet de préoccupation pour la Cour des comptes.
Entre 2019 et 2024, les dépenses de transports sanitaires ont progressé de près de 30 %, soit beaucoup plus rapidement que l’ensemble des dépenses d’assurance maladie.
Le coût total des transports sanitaires atteint désormais plus de 6 milliards d’euros.
Pour freiner cette hausse, plusieurs mesures sont envisagées :
- limiter certains motifs de prise en charge
- développer davantage les transports partagés
- renforcer les contrôles
- mettre en place des quotas
- généraliser la géolocalisation des véhicules sanitaires
- améliorer la traçabilité de la facturation.
Ces évolutions pourraient modifier les conditions de prise en charge des taxis conventionnés et des ambulances dans les prochaines années.
Même si ces recommandations ne sont pas encore appliquées, elles pourraient inspirer les prochains projets de loi de financement de la Sécurité Sociale. Les assurés devront donc suivre avec attention les futures réformes susceptibles d’alourdir leur reste à charge en matière de santé.