Crédit immobilier : les Français s'endettent plus sur de plus longues durées


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Les autorités financières de notre pays s'inquiétaient tout récemment de l'endettement excessif des ménages français. Le profil de "l'emprunteur 2019" dressé par un important courtier en crédit pourrait leur donner du grain à moudre. Les Français s'endettent davantage et plus longtemps pour acheter leur bien immobilier.

Merci les taux bas !

Selon l'étude annuelle du courtier MeilleurTaux révélée par le Journal Le Parisien lundi 2 décembre, cette année, les Français ont emprunté en moyenne 223 000€ pour acheter leur logement soit 6 300€ de plus que l'an passé. Cette augmentation du montant d'emprunt équivaut, à quelques centaines d'euros près, à la réduction du montant de l'apport personnel. La mise de départ passe de 18 500€ à 13 900€ en un an. Pour le courtier, preuve en est que les banques ont bien accordé des prêts immobiliers à ceux qui avaient très peu ou pas d'apport personnel, et qu’elles ont encouragé ceux qui détenaient de l'épargne à la placer et financer l'intégralité de leur projet à crédit.

Une telle situation est possible grâce à la faiblesse des taux d'intérêt. Ce n'est pas un scoop : les taux battent des records à la baisse chaque mois qui passe. En octobre, le taux moyen toutes durées confondues s'est établi à 1,13% (hors assurance et coûts des sûretés), soit le plus bas niveau jamais atteint et 5 points de base en moins par rapport à septembre qui, avec 1,18%, était caractérisé par un léger sursaut. On saura d'ici quelques jours ce qui novembre aura réservé, mais l'on peut sans risque d'erreur annoncer que les valeurs seront toujours au plancher.

Allongement de la durée d'emprunt

Cette faiblesse des taux induit un allongement de la durée moyenne des emprunts immobiliers. Chez les courtiers, celle-ci excède les 20 ans pour la première fois, pour s'établir à 21 ans et 6 mois (258 mois). L'étalement du remboursement fait aujourd'hui partie de la stratégie budgétaire des emprunteurs. S'endetter sur 25 ans ne fait plus peur étant donné le niveau plancher des taux. La part des emprunts à 25 ans et plus excède les 40% de la production de crédits, augmentant graduellement depuis 2014, alors qu'elle oscillait entre 20 et 25% auparavant.

Les emprunteurs préfèrent conserver un reste à vivre plus important en réduisant sa mensualité grâce à l'allongement de la durée de leur crédit. Ce choix s'explique également par le fait que peu d'accédants restent dans le même logement durant 20 ou 25 ans. La revente permettra de solder le prêt par anticipation. Dans l'intervalle, le budget mensuel n'aura pas été pénalisé par le remboursement trop lourd d'un crédit immobilier.

Une majorité de primo-accédants

Ceux qui achètent pour la première fois un bien immobilier représentent cette année 70% des emprunteurs, soit 1% de plus qu'en 2018. Parmi eux, 45% ont moins de 35 ans et 24% moins de 30 ans. La performance historique des taux a resolvabilisé une partie de la population jusque-là exclue pour endettement au-delà des normes admises (33% tous prêts inclus). Ces candidats à l'emprunt, faiblement dotés en apport personnel, n’auraient pu réaliser leurs projets immobiliers malgré les conditions exceptionnelles, s'ils avaient dû mobiliser une épargne... qu'ils n'avaient pas.

C'est à Lyon que se trouve l'emprunteur-type le plus jeune : 30 ans et 8 mois contre une moyenne nationale de 36,1 ans. Un phénomène qui s'explique par l'attractivité économique de la capitale des Gaules : Lyon est la métropole qui propose le plus grand nombre de CDI devant Paris, rapportés au nombre d'habitants. Plus d'emplois stables et mieux payés, voilà de quoi encourager l'acquisition immobilière et rassurer les établissements de crédit.

En dépit de l'entrée en force des nouveaux propriétaires, les revenus mensuels moyens augmentent légèrement par rapport à l'an passé : 4 549€ par foyer contre 4 376€ en 2018. Paris prend le large avec un niveau moyen de 8 746€ nets par mois. Logique, avec un prix moyen du mètre carré qui culmine désormais à plus de 10 000€, les acheteurs parisiens sont parmi les plus aisés. Dans les villes de taille moyenne comme Nantes, les revenus des acquéreurs tournent autour de 5 000€. La transaction moyenne dans l’hexagone atteint 236 900€ contre 234 162€ en 2018.

2019, l'année de tous les records

Le millésime 2019 marquera les annales de l'immobilier. Tous les plafonds de verre ont explosé :

  • plus d'un million de transactions sur un an ;
  • des taux d'emprunt au plancher depuis janvier 2019, dernier record en date en octobre (voir plus haut) ;
  • une production record de crédits (+12% sur un an à fin octobre) ;
  • un encours des crédits immobiliers à plus de 1 200 milliards d’euros.

L'intérêt des Français pour l'immobilier ne se dément pas et a pris cette année des proportions inégalées. Nonobstant la crise des Gilets Jaunes, en cours d'essoufflement, la France connaît une période de stabilité qui rassurent les investisseurs et poussent les ménages à devenir propriétaires. Seul bémol, la tendance baissière pour la construction de maisons neuves observée en 2018 s'est poursuivie en 2019, en raison du recentrage sur les zones tendues des aides à l'achat immobilier (PTZ et dispositif Pinel).

Publié par Astrid Cousin le

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