Après 2 années marquées par une relative accalmie, le marché du crédit immobilier semble entrer dans une nouvelle phase de tension. La baisse progressive observée en 2024, suivie d’une stabilisation fragile en 2025, laisse désormais place à un scénario beaucoup moins favorable pour les emprunteurs. Selon les dernières analyses de l’Observatoire Crédit Logement/CSA, les taux de crédit immobilier devraient poursuivre leur progression en 2026, avec une accélération attendue en 2027.
Cette perspective soulève de nombreuses interrogations pour les ménages qui envisagent un achat immobilier ou une renégociation de leur financement. Faut-il anticiper une remontée durable des taux ? Quels sont les facteurs économiques à l’œuvre ? Quelles conséquences concrètes pour la capacité d’emprunt des particuliers ? Et surtout, comment maîtriser cette hausse du coût du crédit immobilier ?
Une nouvelle tendance haussière des taux d’emprunt
La fin du point bas des taux immobiliers
Le plus bas niveau des taux de crédit immobilier a été observé à l’été 2025, avec une moyenne proche de 3,06 % hors assurance emprunteur et frais annexes. Depuis, la dynamique s’est inversée. Dès l’automne, les banques ont progressivement relevé leurs barèmes, portant le taux moyen à environ 3,17 % en décembre 2025.
Cette évolution n’est pas considérée comme ponctuelle par les observateurs du marché. Elle marque plutôt un retour à des conditions de financement davantage alignées avec les réalités économiques et financières actuelles.
Une trajectoire de hausse appelée à durer
Les analyses de l’Observatoire Crédit Logement/CSA convergent vers un même constat : la hausse des taux devrait se poursuivre sur les 2 prochaines années. Les prévisions avancent les niveaux suivants :
- environ 3,55 % au quatrième trimestre 2026
- près de 3,95 % au quatrième trimestre 2027.
En moyenne annuelle, les taux s’établiraient autour de 3,41 % en 2026, puis 3,60 % en 2027, confirmant un resserrement progressif mais durable des conditions d’emprunt.
Pourquoi les taux de crédit immobilier remontent-ils en 2026 ?
Le poids des marchés obligataires
Les banques fixent leurs taux en grande partie en fonction du coût auquel elles se refinancent sur les marchés financiers. Les obligations d’État françaises, et notamment l’OAT sur 10 ans, jouent un rôle de référence. Or, la dette publique française affiche depuis fin 2025 des rendements nettement plus élevés, un niveau inédit depuis plus d’une décennie.
Cette situation entraîne mécaniquement :
- une hausse du coût de refinancement des établissements bancaires
- un ajustement à la hausse des taux proposés aux emprunteurs
- une réduction de la marge de négociation pour certains profils.
Une politique monétaire encore incertaine
Même si la Banque Centrale Européenne (BCE) a amorcé un assouplissement après la période de forte inflation, elle reste prudente sur ses futures orientations. Plusieurs éléments freinent une baisse franche des taux :
- un contexte géopolitique très instable
- des incertitudes persistantes sur la croissance européenne
- une vigilance accrue face au risque inflationniste.
Dans ce cadre, le scénario d’une baisse rapide et significative des taux immobiliers apparaît peu probable à court et moyen terme.
Quelles conséquences concrètes pour les futurs emprunteurs ?
Le bon timing pour emprunter est-il déjà passé ?
Les signaux envoyés par les autorités financières depuis début 2026 vont tous dans le même sens : la période la plus favorable pour contracter un prêt immobilier semble désormais derrière nous. François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, encourage les ménages ayant un projet immobilier à anticiper et emprunter maintenant, soulignant que la phase de baisse des taux s’était interrompue.
Attendre trop longtemps implique de revoir sa stratégie et ses prétentions d'achat, et d’intégrer un coût du crédit plus élevé dans les simulations.
Une capacité d’emprunt sous pression
La hausse des taux d’intérêt a un impact direct sur le budget des emprunteurs. À montant identique, un crédit plus cher entraîne :
- des mensualités plus élevées
- un coût total du crédit en augmentation
- une capacité d’emprunt réduite à revenus constants.
Sur un prêt de longue durée, quelques dixièmes de point supplémentaires peuvent représenter plusieurs milliers d’euros d’intérêts en plus.
Des durées de prêt proches des limites réglementaires
Pour compenser la hausse des taux, de nombreux ménages allongent la durée de leur crédit. La durée moyenne des prêts immobiliers frôle désormais les 21 ans, se rapprochant de la limite de 25 ans fixée par les règles du Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) en janvier 2021.
Cette situation laisse peu de marge de manœuvre supplémentaire, notamment pour les primo-accédants ou les foyers aux revenus modestes.
Bon à savoir : Le régulateur autorise une durée légale de remboursement pouvant aller jusqu’à 27 ans en cas de jouissance du bien reportée dans le cadre d’un achat en VEFA ou dans l’ancien avec travaux de rénovation.
Un accès au crédit immobilier de plus en plus sélectif
Des profils favorisés et d’autres pénalisés
Dans un contexte de taux en hausse, les banques renforcent leur exigence sur la qualité des dossiers. Sont généralement avantagés :
- les ménages disposant d’un apport personnel conséquent
- les profils en CDI avec des revenus stables
- les emprunteurs présentant un faible taux d’endettement.
À l’inverse, certains ménages peuvent se voir exclus du marché, faute de capacité d’emprunt suffisante.
Un marché immobilier plus difficile d’accès
Cette sélection accrue des emprunteurs contribue à un marché immobilier plus tendu, où l’accession à la propriété devient plus complexe pour une partie de la population. Les professionnels alertent sur un risque de contraction du nombre de transactions si la tendance se confirme.
Ne pas se limiter au taux nominal
Le rôle central du TAEG
Le taux d’intérêt affiché par la banque n’est pas le seul indicateur à analyser. Le taux annuel effectif global (TAEG) intègre l’ensemble des frais liés au crédit :
- intérêts bancaires
- frais de dossier
- garantie (hypothèque ou caution)
- primes d’assurance emprunteur.
Deux offres peuvent ainsi afficher des taux nominaux différents, tout en présentant un TAEG similaire. Si la garantie ne se négocie pas, le taux d’emprunt, les frais de dossier et surtout l’assurance emprunteur peuvent en revanche être mis en concurrence.
Bon à savoir : Les primo-accédants peuvent bénéficier du PTZ (Prêt à Taux Zéro) pour l'achat de leur résidence principale. Couplé à un crédit classique, le PTZ permet de diminuer significativement le coût global grâce à l'absence d'intérêts à payer à la banque sur une partie du financement.
L’assurance emprunteur, premier levier d’optimisation
L’assurance de prêt représente une part significative du coût total du crédit, en moyenne entre 20% et 40% du TAEG. En optimisant ce poste, il est possible de :
- réduire sensiblement le TAEG
- compenser partiellement la hausse des taux
- améliorer la soutenabilité du projet immobilier.
La loi Lagarde vous permet de choisir librement le contrat d’assurance de prêt et de refuser celui proposé par la banque. Les offres déléguées souscrites auprès d’assureurs concurrents sont jusqu’à 4 fois moins chères, à garanties équivalentes.
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Important : si la délégation d’assurance est difficile à mettre en place lors de la demande de financement, passez à l’action dans un deuxième temps. Grâce à la loi Lemoine, vous pouvez changer d’assurance de prêt immobilier à tout moment, dès le lendemain de la signature de l’offre de crédit. |
Comment anticiper la hausse des taux en 2026 et 2027 ?
Face à un environnement de crédit moins favorable, l’anticipation devient essentielle. Plusieurs leviers peuvent être actionnés :
- comparer les offres de financement sur l’ensemble du marché
- travailler son dossier en amont (apport, stabilité professionnelle)
- optimiser l’assurance emprunteur
- se faire accompagner par un professionnel du crédit.
Dans un contexte de remontée durable des taux immobiliers, une approche globale et stratégique du financement reste la meilleure solution pour concrétiser son projet dans de bonnes conditions.