À l’occasion de la Journée internationale des Droits des Femmes le 8 mars, Magnolia.fr met en lumière un phénomène qui prend de l’ampleur : les femmes sont de plus en plus nombreuses à acheter un logement en solo. Déjà complexe en couple, emprunter quand on est seul et de surcroît une femme est un parcours semé d’embûches, malgré des atouts que n’ont pas les hommes.
Acheter seule : un phénomène en plein essor
L'accession à la propriété n'est plus l'apanage des couples. En France, les célibataires représentent désormais une part non négligeable des acquéreurs immobiliers, et les femmes y jouent un rôle grandissant.
Selon une étude d’un grand réseau de courtage en crédit immobilier, 4 transactions immobilières sur 10 en 2024 sont le fait d'acheteurs seuls. Parmi eux, 46 % sont des femmes, contre 54 % pour les hommes, un écart qui se resserre d'année en année.
Si les couples dominent encore largement le marché en représentant 60,7 % des transactions, la progression des femmes empruntant à titre individuel est significative : elles représentent désormais 19 % des crédits immobiliers, contre 20,3 % pour les hommes. Une quasi-parité qui traduit une profonde évolution des comportements et des aspirations féminines en matière de patrimoine.
Des motivations ancrées dans une quête d'indépendance
Derrière ces chiffres se dessine une réalité sociologique forte. Les raisons qui poussent les femmes à souscrire un prêt immobilier sont multiples :
- Indépendance financière
- Volonté de se constituer un patrimoine personnel
- Refus d'attendre un projet de vie à deux
Acheter seule, c'est aussi s'assurer une sécurité à long terme dans un contexte où les aléas de la vie (séparation, veuvage, chômage) peuvent fragiliser des situations construites à deux.
Emprunteurs femmes : des profils solides, malgré des revenus inférieurs
Un apport personnel plus élevé pour compenser l'écart de salaire
Paradoxalement, les femmes qui achètent seules font preuve d'une rigueur financière que les chiffres illustrent avec éloquence.
Leur revenu net moyen s'établit à 3 273 euros par mois, soit environ 200 euros de moins que celui de leurs homologues masculins, et presque 2 fois moins que le revenu moyen d'un couple. Pourtant, loin d'être dissuadées, elles compensent cet écart par un effort d'épargne considérable.
Côté femmes, l'apport personnel dans le cadre d’un prêt immobilier atteint en moyenne 49 661 euros, représentant près de 23 % du coût total de la transaction. Les hommes, eux, apportent en moyenne 42 587 euros, soit 20,8 % du financement. Ce différentiel d'environ 7 000 euros en faveur des femmes n'est pas anodin : il traduit une anticipation plus longue, une épargne plus méthodique, et une volonté de présenter un dossier bancaire solide.
Un projet plus long à préparer, mais mieux ficelé
Cette prudence a un coût : le temps. L'âge moyen au moment de l'achat est de 39 ans pour les femmes, contre 36 ans pour les hommes. Il leur faut donc 3 années supplémentaires pour :
- se constituer une épargne suffisante
- stabiliser leur situation professionnelle
- affiner leur projet immobilier.
Les femmes préparent davantage leur projet, arrivent avec un apport supérieur et se montrent plus prudentes et réfléchies. Résultat : leurs dossiers prennent certes plus de temps à aboutir, mais on observe chez elles moins d'abandons et moins de refus bancaires. Une performance remarquable, qui témoigne d'un rapport au risque plus mesuré pour ce profil d’emprunteur.
Le montant moyen emprunté par les femmes seules s'élève à 167 493 euros, légèrement supérieur aux 162 164 euros contractés par les hommes dans la même situation. Cette donnée est révélatrice de leur capacité à aller chercher un financement ambitieux malgré des revenus moindres.
Achat immobilier : des inégalités structurelles qui persistent entre hommes et femmes
Un pouvoir d'achat immobilier encore pénalisé
Si les femmes font preuve d'une détermination sans faille, elles restent confrontées à des obstacles systémiques que la volonté individuelle ne suffit pas à effacer.
Selon une étude réalisée par le site SeLoger en 2024, le pouvoir d'achat immobilier des femmes est inférieur de 4 % à celui des hommes. Concrètement, une femme achetant seule débourse en moyenne 12 000 euros de plus qu'un homme pour une surface comparable : 71 mètres carrés pour elle, contre 70 mètres carrés pour lui.
L'écart salarial, racine du problème
Cette inégalité immobilière prend sa source dans une réalité du marché du travail bien documentée. D'après les données de l'Insee, l'écart de salaire entre hommes et femmes atteint encore 16 % dans le secteur privé en équivalent temps plein.
Des revenus structurellement plus faibles se traduisent mécaniquement par :
- une capacité d'emprunt réduite
- des conditions de crédit parfois moins favorables
- un coût de l'assurance emprunteur potentiellement plus élevé lorsque la durée du prêt s'allonge ou que les conditions d'emploi sont moins stables.
Comment réussir son achat immobilier en solo quand on est une femme
Optimiser son dossier de financement
La première étape consiste à dresser un bilan complet de sa situation financière :
- Revenus
- Épargne disponible
- Charges fixes
- Crédits en cours
Des simulateurs en ligne permettent d'estimer sa capacité d'emprunt en respectant le plafond réglementaire de 35 % de taux d'endettement (assurance de prêt comprise). Une situation professionnelle stable (CDI, ancienneté) et une gestion saine des comptes bancaires sont des signaux rassurants pour les établissements prêteurs.
Si votre apport est encore insuffisant, il peut être stratégique de différer votre projet de quelques mois pour atteindre au moins 10 % du prix d'achat. Cet effort supplémentaire peut ouvrir la voie à des conditions de prêt plus avantageuses et à une meilleure négociation du taux.
Bon à savoir : La délégation d'assurance emprunteur permet de maximiser la capacité d'emprunt, car les offres alternatives sont jusqu'à 4 fois moins chères que les propositions bancaires.
Explorer les dispositifs d'aide à l'accession
Plusieurs mécanismes permettent de réduire le coût global de votre emprunt. Le prêt à taux zéro (PTZ) s'adresse aux primo-accédants sous conditions de ressources. Il permet de financer jusqu’à 50% du montant de l’opération.
Le prêt conventionné et le prêt d'accession sociale (PAS) offrent quant à eux des taux encadrés.
Les salariés du secteur privé peuvent également solliciter le prêt Action Logement, souvent méconnu mais particulièrement avantageux.
Cadrer son projet avec lucidité
Acheter seule implique de supporter l'intégralité des mensualités, sans filet. Il est donc indispensable de conserver une marge financière suffisante pour faire face aux imprévus :
- Travaux
- Perte d'emploi
- Dépenses exceptionnelles.
Dans les grandes métropoles où les prix au mètre carré restent élevés, certains compromis sur la localisation, la surface ou les prestations peuvent s'avérer nécessaires pour rendre le projet viable. Mieux vaut acheter moins grand dans de bonnes conditions financières qu’avoir des ambitions irréalistes et passer à côté de l’accession à la propriété.