L'assurance emprunteur continue d'évoluer pour faciliter l'accès au crédit immobilier et renforcer la protection des emprunteurs. Après la loi Lemoine, qui a notamment supprimé le questionnaire médical sous certaines conditions et instauré la résiliation à tout moment, le Comité consultatif du secteur financier (CCSF) propose plusieurs mesures destinées à harmoniser les pratiques des assureurs et à améliorer la sécurité des assurés.
Ces recommandations concernent 3 sujets majeurs : le calcul du plafond de 200 000 euros permettant d'éviter le questionnaire de santé, la suppression des « trous de garantie » lors d'un changement d'assurance et l'encadrement des clauses d'exclusion liées aux maladies préexistantes. L'objectif est double : rendre les contrats plus transparents tout en facilitant la concurrence entre les assureurs.
Pourquoi l'assurance de prêt immobilier évolue-t-elle en septembre 2026 ?
Le CCSF réunit les représentants des banques, des compagnies d'assurance, des associations de consommateurs et des pouvoirs publics. Son rôle est de favoriser des pratiques plus transparentes et plus équilibrées dans les services financiers.
Malgré les avancées de la loi Lemoine, plusieurs difficultés persistent dans l'assurance de prêt immobilier :
- des interprétations différentes des textes selon les assureurs
- des garanties parfois mal comprises par les emprunteurs
- des risques de perte de couverture lors d'un changement d'assurance
- des exclusions de garantie jugées contraires à l'esprit de la réforme.
Les nouvelles recommandations visent donc à uniformiser les pratiques du marché afin que les emprunteurs bénéficient des mêmes droits, quel que soit l'assureur choisi.
1. Un nouveau calcul du seuil de 200 000 euros pour supprimer le questionnaire médical
Depuis 2022, il est possible d'obtenir une assurance de prêt sans questionnaire de santé lorsque 2 conditions sont réunies :
- la part assurée de chaque emprunteur ne dépasse pas 200 000 euros ;
- le crédit est intégralement remboursé avant le 60e anniversaire de l'assuré.
Cette mesure a considérablement facilité l'accès au crédit pour les personnes présentant un risque aggravé de santé.
Quels prêts seront désormais pris en compte ?
En pratique, tous les assureurs ne calculent pas ce plafond de la même manière. Certains prennent uniquement en compte les crédits immobiliers, tandis que d'autres ajoutent également :
- les prêts à la consommation
- certains prêts professionnels
- d'autres financements sans lien avec un projet immobilier.
Cette différence d'interprétation pouvait faire dépasser artificiellement le seuil de 200 000 euros et obliger certains emprunteurs à remplir un questionnaire médical.
Une règle plus favorable aux emprunteurs
Le CCSF souhaite désormais harmoniser cette règle. Pour apprécier le seuil de 200 000 euros, seuls seront pris en compte les crédits immobiliers destinés à :
- l'acquisition d'un logement
- la construction d'un bien immobilier
- des travaux sur un immeuble d'habitation ou à usage mixte.
En revanche, seront exclus du calcul :
- les crédits à la consommation
- les prêts professionnels souscrits exclusivement pour une activité professionnelle
- les autres financements non immobiliers.
Cette évolution permettra à davantage de particuliers de rester sous le plafond fixé par la loi. Les principaux avantages sont :
- davantage de dossiers sans questionnaire médical
- une souscription plus rapide
- moins de surprimes liées à l'état de santé
- un accès facilité au crédit pour les personnes ayant ou ayant eu une maladie.
Les assureurs commenceront à appliquer cette nouvelle méthode dès le 1er septembre 2026, avec une généralisation prévue au plus tard le 1er juin 2027.
2. Le changement d'assurance de prêt immobilier plus sécurisé grâce à la continuité des garanties
Le succès de la loi Lemoine
Depuis que les emprunteurs peuvent changer d’assurance de prêt immobilier à tout moment, les demandes de substitution ont fortement augmenté. Substituer l'assurance permet souvent de :
- réduire le coût total du crédit
- obtenir de meilleures garanties
- adapter son contrat à sa situation personnelle ou professionnelle.
Cependant, cette liberté s'accompagnait parfois d'un risque méconnu : les « trous de garantie ».
Pourquoi existe-t-il un risque de "trou de garantie" ?
Lorsqu'un assuré change d'assurance, les contrats ne fonctionnent pas toujours de manière parfaitement continue. Le problème apparaît notamment lorsqu'un arrêt de travail ou un sinistre intervient pendant la période de transition entre les 2 contrats.
Les délais de franchise ou de carence du nouveau contrat peuvent alors empêcher une indemnisation immédiate, alors même que le précédent contrat a déjà été résilié.
L'emprunteur découvre parfois cette situation seulement au moment où il sollicite la prise en charge de ses échéances de prêt.
Ce qui change concrètement pour les emprunteurs
Pour éviter ces situations, le CCSF prévoit une répartition plus claire des responsabilités entre les anciens et les nouveaux assureurs :
- L'ancien assureur continuera de prendre en charge un sinistre déclaré avant la résiliation du contrat.
- Cette prise en charge couvrira également les conséquences directes de ce sinistre, y compris une invalidité qui surviendrait dans le prolongement d'un arrêt de travail continu.
- Si une rechute intervient après la prise d'effet du nouveau contrat, c'est le nouvel assureur qui interviendra.
Cette mesure offre davantage de sécurité juridique aux emprunteurs et limite les risques de refus d'indemnisation.
Son application est prévue à partir du 1er septembre 2026, avec une généralisation au plus tard le 1er janvier 2027.
3. Les exclusions liées aux maladies préexistantes davantage encadrées
Avec la suppression du questionnaire médical, certains assureurs ont cherché à limiter leur exposition au risque. Pour cela, ils ont introduit dans certains contrats des clauses d'exclusions de garanties relatives aux pathologies déjà diagnostiquées avant la souscription.
Ces exclusions peuvent concerner de nombreuses situations.
Par exemple, une personne ayant consulté pour des douleurs lombaires avant de changer d'assurance pouvait se voir refuser une indemnisation plusieurs mois plus tard si ces douleurs nécessitaient finalement une intervention chirurgicale suivie d'un arrêt de travail.
Une pratique contraire à l'esprit de la loi Lemoine
Pour le CCSF, ces clauses vont à l'encontre des objectifs poursuivis par la loi Lemoine. En effet, supprimer le questionnaire médical tout en excluant les maladies connues revient à réintroduire indirectement une sélection fondée sur l'état de santé.
Le comité considère donc que ces exclusions, qu'elles soient générales ou ciblées, ne respectent pas l'esprit de la réforme.
Un suivi de leur disparition sera réalisé dans les prochaines années afin de vérifier leur bonne application.
Les seuils d’invalidité uniformisés
Au-delà de ces 3 évolutions majeures, le CCSF souhaite également rendre les contrats plus lisibles. Aujourd'hui, chaque assureur utilise parfois ses propres seuils d'invalidité, ce qui complique les comparaisons entre 2 offres.
Pour simplifier la lecture des garanties, les professionnels se sont engagés à retenir des références communes :
|
Garantie |
Nouveau seuil de référence |
|
66 % |
|
|
33 % |
Cette harmonisation facilitera les comparaisons entre contrats et permettra aux emprunteurs de mieux comprendre les garanties proposées avant de changer d'assurance.
Elle entrera progressivement en vigueur à partir du 1er septembre 2026, avec une généralisation pour tous les nouveaux contrats au 1er juin 2027.
Les points importants à retenir
Les recommandations du CCSF marquent une nouvelle étape dans l'évolution de l'assurance emprunteur. Elles poursuivent les objectifs de la loi Lemoine en renforçant la transparence, la sécurité et l'équité pour les emprunteurs.
Les 3 principales évolutions sont :
- un calcul harmonisé du seuil de 200 000 euros, qui permettra à davantage d'emprunteurs de bénéficier de la suppression du questionnaire médical
- une continuité de couverture lors d'un changement d'assurance, afin d'éviter les périodes sans indemnisation
- la remise en cause des exclusions liées aux pathologies antérieures, jugées incompatibles avec l'esprit de la réforme.
À cela s'ajoute une harmonisation des seuils d'invalidité qui facilitera la comparaison des contrats. Ces mesures devraient renforcer la confiance des emprunteurs, encourager la concurrence entre assureurs et rendre le changement d'assurance encore plus sécurisé.