Emprunter après 80 ans n’a rien d’impossible, mais les conditions se compliquent. Si la banque accepte de financer un projet immobilier ou une opération de rachat de crédit, l’assurance de prêt devient un passage obligé pour sécuriser la transaction. Or, à cet âge, les compagnies d’assurance appliquent des tarifs particulièrement élevés, justifiés par un risque accru de décès ou d’invalidité.
Quel est le prix d’une assurance de prêt pour un emprunteur de plus de 80 ans ? Pourquoi les cotisations flambent-elles avec l’âge ? Et surtout, comment réduire le coût sans sacrifier sa couverture ? Cet article complet répond à toutes vos questions.
Pourquoi l’assurance de prêt devient-elle si chère après 80 ans ?
Un risque statistiquement plus élevé pour l’assureur
L’assurance de prêt repose sur un principe simple : l’assureur évalue la probabilité qu’un sinistre empêche l’emprunteur de rembourser son crédit. Or, passé 65 ans, a fortiori 80, la probabilité de décès ou de perte totale et irréversible d’autonomie (PTIA) augmente fortement.
Les compagnies d’assurance, qui calculent leurs primes selon le risque, appliquent donc une surprime d’assurance emprunteur liée à l’âge. En clair, plus le risque est élevé, plus la cotisation grimpe.
Des garanties limitées au-delà d’un certain âge
Autre facteur de hausse : la réduction du nombre de garanties disponibles. Beaucoup d’assureurs cessent de proposer certaines couvertures dès 65 ou 70 ans. Passé 80 ans, il ne reste souvent que la garantie décès, conjuguée ou pas à la garantie PTIA (Perte Totale et Irréversible d’Autonomie).
Les autres protections, à savoir l’incapacité temporaire de travail (ITT) ou l’invalidité permanente totale ou partielle (IPT et IPP), disparaissent purement et simplement. Malgré cela, le tarif reste élevé car les sinistres couverts deviennent statistiquement plus probables.
Des formalités médicales renforcées
À partir de 80 ans, chaque souscription d’assurance emprunteur s’accompagne de formalités médicales très poussées :
- Questionnaire de santé complet
- Examen médical (bilan sanguin, électrocardiogramme, voire consultation chez un médecin agréé)
- Transmission du dossier au service médical de l’assureur.
Ces procédures entraînent des coûts supplémentaires, répercutés sur le montant de la prime. Dans certains cas, les assureurs exigent même un suivi médical régulier pendant la durée du prêt.
Une durée d’assurance raccourcie
Les assureurs imposent presque toujours une limite d’âge à la souscription et une limite d’âge à la fin de garantie.
Ainsi, si un contrat peut être souscrit jusqu’à 85 ans, la couverture prend fin, selon les assureurs, entre 85 et 90 ans. Autrement dit, pour un emprunteur de 80 ans, la durée d’assurance maximale ne dépasse souvent pas 5 à 10 ans.
Cette courte durée se traduit par des primes élevées rapportées au montant emprunté, car l’assureur concentre le risque sur une période limitée.
Quels sont les critères qui influencent le prix de l’assurance emprunteur après 80 ans ?
1. L’âge exact au moment de la souscription
Les assureurs fixent le prix de l’assurance de prêt en fonction de l’âge, ce qui explique qu’entre 80 et 85 ans, le coût de l’assurance puisse quasiment doubler ; à capital et durée identiques, un emprunteur de 80 ans paiera donc généralement moins qu’un emprunteur de 84 ans.
2. L’état de santé
Les antécédents médicaux, le tabagisme, une pathologie chronique ou des traitements en cours sont autant de facteurs qui peuvent entraîner une surprime, voire un refus d’assurance.
Même en l’absence de problème de santé majeur, un simple traitement régulier peut suffire à majorer la prime.
3. Le montant et la durée du crédit
Plus le capital emprunté est important, plus le coût global de l’assurance augmente.
De même, une durée longue accroît le risque pour l’assureur : un prêt sur 10 ans coûtera donc plus cher qu’un prêt sur 5 ans, à montant identique.
4. Le type de contrat choisi
2 formules existent :
- Le contrat groupe bancaire : proposé par la banque, il mutualise les risques entre tous les assurés. Les seniors y sont souvent défavorisés, car le tarif n’est pas individualisé.
- Le contrat individuel : souscrit auprès d’un assureur externe dans le cadre d’une délégation d’assurance, il est personnalisé selon le profil de l’emprunteur. Ce type de contrat peut permettre d’économiser plusieurs milliers d’euros, même à un âge avancé.
Le choix se limite aux contrats individualisés, car les offres des bancassureurs ne peuvent être souscrites après 65 ans, voire 70 ans. Seules quelques offres déléguées auprès d’assureurs concurrents sont en capacité de protéger les emprunteurs âgés de 80 ans et plus.
5. Le niveau de garanties
Plus la couverture est étendue, plus le coût grimpe. Après 80 ans, la majorité des emprunteurs se limitent à une garantie décès/PTIA, la couverture socle de tout contrat d’assurance de prêt et la plus essentielle pour la banque prêteuse.
L’ajout d’options, comme la couverture des maladies graves ou des activités à risque, fait exploser le prix de l’assurance.
Garanties généralement maintenues
- Garantie décès : elle couvre le remboursement du capital restant dû en cas de décès de l’assuré.
- Garantie PTIA (Perte Totale et Irréversible d’Autonomie) : applicable tant que l’assuré ne peut plus exercer d’activité et a besoin d’assistance au quotidien.
Garanties supprimées ou limitées
- Garantie invalidité permanente totale (IPT) : souvent inapplicable au-delà de 65 ou 70 ans.
- Garantie incapacité temporaire de travail (ITT) : cesse automatiquement à la retraite.
- Garantie perte d’emploi : non disponible pour les retraités.
Ces suppressions réduisent la couverture mais n’entraînent pas toujours une baisse proportionnelle de la prime, le risque décès/PTIA restant élevé.
L’importance du questionnaire médical après 80 ans
Le questionnaire médical permet à l’assureur d’évaluer précisément le risque.
Toute omission volontaire ou fausse déclaration en assurance emprunteur peut entraîner un refus d’indemnisation en cas de sinistre, voire l’annulation du contrat.
Mieux vaut donc répondre avec transparence, même si cela augmente temporairement la prime.
Important : le droit à l’oubli pour les anciens malades d’un cancer ou d’une hépatite C ne concerne pas les emprunteurs octogénaires, puisque le dispositif impose une échéance du prêt avant le 71e anniversaire du souscripteur. En cas de pathologie grave, vous ne pouvez bénéficier de la convention Aeras (s’Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé) en raison de cette même limite de fin de prêt.
Prix moyen de l’assurance de prêt pour un emprunteur de plus de 80 ans
Des écarts considérables selon les assureurs
Le prix de l’assurance emprunteur à partir de 80 ans dépend très fortement de la politique de chaque compagnie. Certaines refusent purement et simplement la souscription, tandis que d’autres acceptent moyennant une surprime significative.
En moyenne, le taux d’assurance (TAEA) pour un emprunteur octogénaire varie entre 2,5 % et 5 % du capital emprunté par an, contre 0,30 % à 0,60 % pour un emprunteur de 40 ans.
Un coût total qui dépasse le tiers du capital emprunté
Prenons un ordre d’idée avec un projet unique : sur un prêt immobilier de 100 000 € contracté au-delà de 80 ans sur 7 ans au taux nominal de 3,20 %, le coût d’assurance emprunteur peut représenter entre 21 000 € et 50 000 €, selon l’état de santé et les garanties souscrites.
Cette part élevée du coût global du crédit explique pourquoi de nombreux emprunteurs âgés privilégient les durées courtes ou les montants réduits.
Un mode de calcul qui influence la prime
2 méthodes principales existent :
- Cotisation sur capital initial : la prime reste fixe jusqu’à la fin du prêt ;
- Cotisation sur capital restant dû : la prime diminue progressivement à mesure que le capital se rembourse.
Les contrats sur capital restant dû sont généralement plus avantageux, car la cotisation diminue au fil du temps.
2 exemples de prix d’assurance de prêt après 80 ans
Retraité cadre né en 1944, résidant à Caen, non fumeur :
|
Assureur |
Contrat |
Taux moyen assurance |
Coût mensuel |
Coût total |
|
Malakoff Humanis |
Premium CRD |
3,00 % |
248 € |
20 979 € |
|
Groupe MNCAP |
Forall Emprunteur CI |
3,68 % |
305 € |
25 789 € |
|
MetLife |
MetLife CRD |
3,78 % |
313 € |
26 436 € |
Retraitée non cadre née en 1943, résidant à Lyon, non fumeuse :
|
Assureur |
Contrat |
Taux moyen assurance |
Coût mensuel |
Coût total |
|
Groupe MNCAP |
Forall Emprunteur CI |
3,73 % |
309 € |
26 130 € |
|
MetLife |
MetLife CRD |
4,24 % |
351 € |
29 663 € |
|
Malakoff Humanis |
Premium CRD |
5,40 % |
448 € |
37 801 € |
Ces exemples sont issus d’une simulation sur le comparateur Magnolia.fr et illustrent la cherté de l’assurance pour un emprunteur âgé. Elles ne tiennent pas compte des risques de santé propres à chaque profil. Dans tous les cas de figure, l’assurance pèse plus lourd que les intérêts d’emprunt et représente la dépense la plus importante dans le coût global du prêt immobilier.
Comment réduire le prix de l’assurance de prêt après 80 ans ?
1. Comparer systématiquement les offres
C’est la première règle. Les écarts entre assureurs sont considérables.
Comparer plusieurs devis via un comparateur en ligne ou avec l’aide d’un courtier spécialisé dans l’assurance emprunteur permet souvent de réduire la facture de manière significative.
2. Opter pour une délégation d’assurance
Vous pouvez choisir librement l’assurance qui va garantir votre prêt immobilier en vertu de la loi Lagarde de 2010. Depuis la loi Lemoine (2022), le principe de délégation d’assurance s’applique sur toute la durée du crédit : tout emprunteur peut changer d’assurance de prêt à tout moment, sans attendre la date anniversaire du contrat.
Ce dispositif s’applique également aux seniors, sous réserve d’acceptation médicale.
Recourir à une délégation d’assurance (assureur externe à la banque) offre :
- Un tarif plus compétitif
- Des garanties mieux adaptées à l’âge et à l’état de santé
- La possibilité de rachat d’exclusions.
3. Adapter ses garanties à sa situation
À 80 ans, inutile de payer pour des protections qui ne s’appliquent plus. L’important est de conserver la garantie décès et, si possible, la garantie PTIA.
Les garanties ITT et invalidité (IPT et IPP) sont inutiles pour un retraité, car elles sont conditionnées à l’exercice d’une profession et cessent de toutes façons au plus tard au 65e ou 71e anniversaire de l’emprunteur (selon les contrats).
4. Négocier les surprimes
Les surprimes ne sont pas toujours figées. Si l’assureur estime votre état de santé satisfaisant, ou si vous pouvez justifier d’un suivi médical rigoureux, il est parfois possible de négocier une réduction du taux appliqué.
5. Jouer sur le montant et la durée du prêt
Réduire la durée du crédit diminue mécaniquement le coût de l’assurance.
Mieux vaut donc opter pour un emprunt plus court et un capital adapté à ses besoins, plutôt que d’allonger inutilement le remboursement.
Quelles alternatives en cas de refus d’assurance après 80 ans ?
La caution personnelle
Si aucun assureur n’accepte de couvrir le prêt, la banque peut exiger une caution personnelle.
Cela signifie qu’un proche ou un héritier s’engage à rembourser le capital restant dû en cas de décès de l’emprunteur.
Cette solution reste toutefois rare, car elle transfère le risque sur la famille.
La garantie hypothécaire
Certains établissements de crédit acceptent de financer un emprunteur âgé sans assurance, à condition de garantir le prêt par une hypothèque sur un bien immobilier.
En cas de décès avant le remboursement complet, la banque se rembourse grâce à la valeur du bien.
Le nantissement d’un placement
La dernière option consiste à nantir un contrat d’assurance vie ou un portefeuille d’investissement.
Le capital reste bloqué pendant la durée du prêt, mais il sert de garantie à la banque. Cette alternative peut s’avérer avantageuse si vous disposez déjà d’un patrimoine financier solide.
Quatre points à vérifier avant de signer votre assurance de prêt après 80 ans
- Les limites d’âge : vérifiez jusqu’à quel âge chaque garantie s’applique. Certaines cessent automatiquement à 85 ans.
- Les exclusions médicales : certaines pathologies liées à l’âge (arthrose, troubles cardiaques, diabète) peuvent être exclues.
- Les délais de carence et de franchise : un délai trop long retarde l’indemnisation en cas de décès ou de PTIA.
- Les conditions de rachat d’exclusions : dans certains contrats, il est possible de racheter des exclusions moyennant une surprime.
Souscrire une assurance emprunteur après 80 ans reste une démarche délicate, mais pas impossible. L’âge, l’état de santé et la durée du prêt sont les 3 leviers majeurs qui influencent le prix de l’assurance de prêt pour un emprunteur de plus de 80 ans.
Les assureurs prennent davantage de précautions, les garanties se restreignent et les tarifs grimpent logiquement. L’assurance de prêt senior ne se limite pas à un surcoût : elle reste surtout le garde-fou essentiel qui protège vos proches et sécurise la fin de votre projet immobilier, même après 80 ans.
FAQ : tout savoir sur le prix de l’assurance de prêt après 80 ans
Peut-on vraiment emprunter à plus de 80 ans ?
Oui, c’est possible, mais rare. Certains établissements acceptent des emprunteurs jusqu’à 85 ans, à condition que la fin du remboursement intervienne avant 90 ans et que le profil médical soit favorable.
Pourquoi le prix de l’assurance de prêt explose-t-il après 80 ans ?
Parce que le risque statistique de décès ou d’invalidité grave augmente fortement, et que les durées d’assurance sont plus courtes. Les assureurs compensent cette hausse du risque par des primes plus élevées.
Existe-t-il des assureurs spécialisés pour les seniors ?
Oui. Quelques compagnies se sont spécialisées dans l’assurance de prêt senior ou « risque aggravé ». Elles adaptent leurs grilles tarifaires et proposent des contrats sur mesure pour les emprunteurs âgés.
Peut-on changer d’assurance après 80 ans ?
Oui, grâce à la loi Lemoine, vous pouvez résilier à tout moment votre contrat pour en choisir un autre, tant que vous remplissez les critères d’équivalence de garanties exigés par la banque.
Comment réduire la facture ?
Comparer, négocier, déléguer et ajuster vos garanties sont les leviers les plus efficaces. Vous pouvez aussi recourir à un courtier spécialisé pour cibler les offres acceptant les profils âgés.
