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Assurance de prêt rétroactive : pourquoi ce dispositif n’existe pas en pratique

Article écrit par

Astrid Cousin

Responsable contenu

Magnolia.fr

L’assurance de prêt rétroactive est régulièrement recherchée par les emprunteurs, notamment après un arrêt maladie, un accident ou un changement tardif d’assurance emprunteur. Pourtant, contrairement à certaines idées reçues, l’assurance de prêt immobilier ne peut pas être rétroactive. Elle obéit à des règles strictes issues du Code des assurances, fondées sur le principe fondamental de l’aléa.

Pourquoi parle-t-on alors d’assurance de prêt rétroactive ? Dans quels cas les emprunteurs pensent, à tort, pouvoir bénéficier d’une couverture a posteriori ? Quelles sont les conséquences d’une déclaration tardive de sinistre ? Et quelles solutions existent lorsque l’on se rend compte trop tard d’un problème de couverture ? 

Cet article fait le point, de manière claire et juridiquement exacte, sur la notion d’assurance de prêt rétroactive, ses limites et les erreurs à éviter.

Qu’est-ce que le principe fondamental de non-rétroactivité en assurance de prêt ?

En matière d’assurance, et plus particulièrement d’assurance emprunteur, un principe s’impose : un contrat ne peut pas couvrir un risque déjà réalisé. C’est ce que l’on appelle le principe d’aléa. Pour être assurable, un événement doit être incertain au moment de la souscription.

En conséquence :

  • une assurance de prêt ne peut pas couvrir un arrêt maladie survenu avant la signature du contrat ;
  • un décès, une invalidité ou une incapacité antérieurs à l’adhésion ne peuvent jamais être garantis ;
  • aucune assurance emprunteur ne peut produire d’effets rétroactifs sur un sinistre déjà connu.

Parler d’assurance de prêt rétroactive est donc, en soi, juridiquement inexact.

Pourquoi les emprunteurs recherchent-ils une assurance de prêt rétroactive ?

Un arrêt maladie survenu avant la souscription

C’est l’un des cas les plus fréquents. L’emprunteur :

  • signe son offre de prêt,
  • souscrit son assurance emprunteur,
  • puis réalise qu’un arrêt maladie a été prescrit quelques jours ou semaines avant la date de signature.

Dans ce cas, le contrat d’assurance emprunteur ne prendra pas en charge l’arrêt maladie, même s’il se prolonge après la souscription. Le fait générateur du sinistre étant antérieur, la garantie ne peut pas jouer.

Une déclaration tardive de sinistre

Autre situation courante : l’assuré est bien couvert, mais déclare son arrêt de travail trop tard à son assureur. Il pense alors, à tort, que l’assurance pourrait être « rétroactive ».

En réalité, il ne s’agit pas de rétroactivité, mais de respect des délais de déclaration, strictement encadrés par la loi.

Déclaration tardive de sinistre en assurance emprunteur : ce que dit le Code des assurances

L’obligation légale de déclaration

L’article L113-2 du Code des assurances impose à tout assuré de :

« Donner avis à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de l’assureur. »

Concrètement, cela signifie que :

  • l’assuré doit informer son assureur dès qu’un arrêt de travail survient ;
  • le délai de déclaration est précisé dans le contrat d’assurance emprunteur ;
  • ce délai ne peut pas être inférieur à 5 jours ouvrés, conformément à la loi.

Conséquences d’une déclaration tardive

En cas de déclaration hors délai, l’assureur peut :

  • refuser la prise en charge du sinistre ;
  • réduire l’indemnisation si le retard lui a causé un préjudice ;
  • exiger des justificatifs supplémentaires.

Ce refus n’a rien à voir avec une assurance de prêt rétroactive : il s’agit d’un manquement contractuel.

Déclaration tardive et force majeure : une exception encadrée

Quand un retard peut être admis

La loi prévoit toutefois une exception importante. L’indemnisation d’un sinistre en assurance emprunteur est possible en cas de déclaration tardive lorsque le retard est dû :

  • à un cas fortuit ;
  • ou à un événement de force majeure.

Par exemple :

  • accident de la route avec hospitalisation ;
  • immobilisation prolongée empêchant toute démarche administrative ;
  • perte temporaire de capacité à communiquer.

Dans ce cas, l’assureur ne peut pas refuser la garantie au seul motif du retard, à condition que l’assuré soit de bonne foi et puisse le justifier.

Assurance de prêt rétroactive et arrêt maladie : une confusion fréquente

Arrêt maladie antérieur = absence de couverture

Il est essentiel de rappeler une règle simple :

Un arrêt maladie prescrit avant la prise d’effet de l’assurance emprunteur n’est jamais couvert, même s’il se poursuit après.

Cela vaut pour toutes les garanties liées à l’incapacité de travail :

Aucune clause contractuelle ne peut prévoir une assurance de prêt rétroactive sur ce point.

Arrêt maladie postérieur mais déclaré tardivement

Dans ce cas seulement, la question n’est pas celle de la rétroactivité, mais :

  • du respect des délais de déclaration ;
  • de l’existence ou non d’un cas de force majeure.

Assurance de prêt rétroactive et changement d’assurance emprunteur

Lors d’un changement d’assurance emprunteur grâce au dispositions de la loi Lemoine qui permet de résilier à tout moment, certains emprunteurs pensent bénéficier d’une assurance de prêt rétroactive lorsque :

  • le nouveau contrat remplace l’ancien ;
  • les dates semblent se chevaucher ou se recouvrir.

En réalité :

  • il n’y a jamais de couverture rétroactive ;
  • chaque contrat couvre uniquement les sinistres survenus pendant sa période de validité ;
  • la banque exige simplement une continuité de couverture, sans rupture.

Les litiges en la matière sont fréquents et la jurisprudence est fournie. Cela témoigne de l’incompréhension des emprunteurs en cas de refus d’indemnisation alors qu’ils ont souscrit une assurance de prêt.

Assurance de prêt rétroactive : quels risques en cas de fausse déclaration ?

Le risque de nullité du contrat

Tenter d’obtenir une assurance de prêt rétroactive en dissimulant :

  • un arrêt maladie antérieur,
  • un problème de santé déjà connu,
  • ou un sinistre non déclaré,

 vous expose à des sanctions lourdes :

Un enjeu financier majeur pour l’emprunteur

En cas de refus de prise en charge, vous restez tenu de :

  • payer vos mensualités de crédit ;
  • assumer seul la perte de revenus liée à l’arrêt de travail ;
  • faire face à un risque de défaut de paiement.

Comment éviter les problèmes liés à une prétendue assurance de prêt rétroactive ?

Vérifier la date de prise d’effet du contrat

Avant toute signature, il est indispensable de s’assurer que :

Déclarer tout sinistre sans attendre

Dès qu’un arrêt maladie ou un accident survient :

  • informez votre assureur immédiatement ; 
  • respectez les délais contractuels ;
  • conservez tous les justificatifs médicaux.

Se faire accompagner en cas de doute

Un courtier ou un professionnel de l’assurance peut :

  • analyser votre situation ;
  • vérifier vos droits à indemnisation ;
  • vous éviter des erreurs irréversibles.

Ce qu’il faut retenir sur l’assurance de prêt rétroactive

L’assurance de prêt rétroactive n’existe pas en droit français. Aucune assurance emprunteur ne peut couvrir un sinistre antérieur à la souscription ou produire des effets rétroactifs sur un arrêt maladie déjà connu.

Les difficultés rencontrées par les emprunteurs tiennent le plus souvent à :

  • une déclaration tardive de sinistre ;
  • une mauvaise compréhension des garanties ;
  • une confusion entre rétroactivité et continuité de couverture.

Pour éviter toute mauvaise surprise, une seule règle prévaut : anticiper, déclarer rapidement et respecter scrupuleusement les obligations contractuelles. En matière d’assurance emprunteur, la vigilance reste le meilleur levier de protection.