La Fiche Standardisée d'Information (FSI) est le document clé de toute délégation d'assurance emprunteur. Remise obligatoirement par la banque dès la première simulation chiffrée de prêt, en application de l'arrêté du 29 avril 2015 et des articles R313-8 à R313-10 du Code de la consommation, elle liste les garanties minimales que la banque exige et les critères d'équivalence auxquels tout contrat alternatif devra répondre. C'est à partir de ce document que l'emprunteur peut comparer les offres, identifier les pièges contractuels, et constituer le dossier de délégation détaillé dans notre article sur les étapes de la délégation d'assurance emprunteur.
Sa difficulté tient à un paradoxe : la FSI est censée simplifier la comparaison, mais elle est souvent mal comprise par les emprunteurs. Le document est synthétique par nature, il ne remplace pas les conditions générales du contrat, et certains critères apparemment identiques entre deux contrats peuvent recouvrir des réalités de couverture très différentes. Savoir lire une FSI, c'est savoir distinguer ce qu'elle dit de ce qu'elle ne dit pas.
Quelle est la structure d'une FSI ?
La FSI se présente comme un formulaire normalisé, structuré en cinq sections identiques pour toutes les banques et tous les assureurs.
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Section |
Contenu |
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1 — Identification |
Nom et coordonnées de l'assureur, numéro ORIAS ou SIREN |
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2 — Informations sur l'emprunteur et le prêt |
Identité, situation professionnelle, statut fumeur/non-fumeur, montant et durée du prêt, usage (résidence principale, investissement locatif, etc.) |
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3 — Garanties exigées et critères d'équivalence |
Liste des garanties minimales retenues par la banque et les critères CCSF correspondants — c'est la section la plus importante pour la délégation |
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4 — Conditions de chaque garantie |
Délais de carence, franchises, plafonds, exclusions spécifiques, quotités |
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5 — Tarif |
TAEA, cotisation mensuelle, coût total de l'assurance, coût sur 8 ans |
Comment décrypter les critères d'équivalence ?
C'est la section 3 qui conditionne entièrement la possibilité d'obtenir l'acceptation de la banque pour une délégation d'assurance. Elle mérite une lecture particulièrement attentive.
Les 26 critères CCSF : la liste de référence complète
Le Comité Consultatif du Secteur Financier (CCSF) a établi une liste de 26 critères standardisés pour l'assurance emprunteur : 18 critères pour les garanties principales (décès, PTIA, IPT, IPP, ITT) et 8 critères spécifiques à la garantie perte d'emploi. La banque sélectionne au maximum 11 critères parmi les 18 pour les garanties principales, et au maximum 4 parmi les 8 pour la perte d'emploi si cette garantie est exigée.
Les 18 critères CCSF pour les garanties principales :
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N° |
Critère CCSF |
Garantie concernée |
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1 |
Couverture des affections psychiatriques |
ITT / IPT |
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2 |
Couverture des affections dorsales |
ITT / IPT |
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3 |
Délai de franchise en jours |
ITT |
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4 |
Mode d'indemnisation (forfaitaire ou indemnitaire) |
ITT |
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5 |
Prise en charge à temps partiel thérapeutique |
ITT |
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6 |
Définition de l'ITT par rapport à sa profession ou toute profession |
ITT |
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7 |
Couverture des inactifs au moment du sinistre |
ITT |
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8 |
Prise en charge de l'IPP à partir de 33 % |
IPP |
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9 |
Couverture des sports amateurs pratiqués à la date de souscription |
DC / PTIA / IPT / ITT |
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10 |
Couverture des sports amateurs pratiqués après la souscription |
DC / PTIA / IPT / ITT |
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11 |
Couverture des risques liés à la pratique de sports à titre professionnel |
DC / PTIA / IPT / ITT |
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12 |
Couverture en cas de séjour à l'étranger en dehors de la zone couverte |
DC / PTIA / IPT / ITT |
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13 |
Couverture en cas d'invalidité imputable à un état antérieur à la souscription |
IPT / IPP |
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14 |
Limite d'âge de couverture |
DC / PTIA / IPT / IPP / ITT |
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15 |
Délai de carence |
ITT |
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16 |
Prise en charge des pathologies non objectivables |
ITT / IPP |
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17 |
Couverture en cas d'actes de terrorisme |
DC / PTIA / IPT / ITT |
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18 |
Prise en charge si arrêt de travail survenant après la retraite |
ITT |
Les 8 critères CCSF pour la garantie perte d'emploi
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N° |
Critère CCSF perte d'emploi |
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1 |
Nature du contrat de travail ouvrant droit à la garantie |
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2 |
Ancienneté requise dans l'entreprise |
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3 |
Délai de carence |
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4 |
Délai de franchise |
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5 |
Durée maximale d'indemnisation |
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6 |
Mode d'indemnisation (forfaitaire ou indemnitaire) |
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7 |
Limite d'âge de couverture |
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8 |
Prise en charge de la rupture conventionnelle |
La règle fondamentale : la banque ne peut pas exiger d'un contrat alternatif un critère qu'elle ne respecte pas elle-même dans son propre contrat groupe. Si un assureur externe répond aux critères cochés dans votre FSI, la banque ne peut pas refuser la délégation.
Les critères les plus fréquemment cochés
Parmi les 18 critères disponibles, certains reviennent systématiquement dans les FSI des grandes banques. Les connaître permet d'identifier rapidement si un contrat alternatif sera accepté ou refusé.
- Couverture des affections dorsales et psychiatriques sans exclusion (critères 1 et 2) : critères exigeants et différenciants, certains contrats les excluent, d'autres les couvrent avec une franchise allongée.
- Prise en charge des inactifs au moment du sinistre (critère 7) : certains contrats suspendent l'ITT si l'assuré est au chômage au moment du sinistre.
- Couverture des sports amateurs pratiqués à la date de souscription (critère 9) : important pour les emprunteurs pratiquant des activités à risque.
- Prise en charge de l'IPP à partir de 33 % (critère 8) : seuil de déclenchement de la garantie invalidité permanente partielle.
- Mode d'indemnisation forfaitaire ou indemnitaire (critère 4) : voir section suivante, c'est le critère aux conséquences financières les plus importantes en cas de sinistre.
Les trois points de vigilance que la FSI ne dit pas explicitement
C'est là que réside la vraie difficulté de lecture : la FSI est synthétique et certains critères qui semblent équivalents en surface peuvent recouvrir des couvertures très différentes dans les conditions générales.
1 — Forfaitaire ou indemnitaire : une différence qui peut valoir plusieurs milliers d'euros
Le mode d'indemnisation de la garantie ITT (critère 4) est l'une des clauses les plus importantes, et les plus mal comprises, d'un contrat d'assurance emprunteur.
- Mode forfaitaire : l'assureur rembourse la totalité de l'échéance du prêt, quelle que soit la perte de revenus réelle de l'assuré. C'est le mode le plus protecteur.
- Mode indemnitaire : l'assureur ne rembourse que la perte de revenus effectivement subie. Si les indemnités journalières de la Sécurité sociale couvrent déjà une partie du salaire, la prise en charge de l'assureur est réduite d'autant, parfois à zéro pour les fonctionnaires ou les cadres bien couverts.
Le mode d'indemnisation est indiqué dans la FSI mais sa portée concrète n'y est pas développée. Pour un cadre du secteur privé en arrêt maladie avec des indemnités journalières importantes, le choix entre forfaitaire et indemnitaire peut représenter plusieurs centaines d'euros de différence mensuelle en cas de sinistre.
2 — Le délai de franchise : 90 jours ou 180 jours, une différence considérable
Le délai de franchise ITT (critère 3) correspond à la période pendant laquelle l'assureur ne prend rien en charge après le début de l'arrêt de travail. Le délai standard du marché est de 90 jours. Mais certains contrats appliquent une franchise de 180 jours, soit six mois d'arrêt sans remboursement des échéances par l'assureur.
Ce délai figure dans la section 4 de la FSI, souvent au milieu d'autres conditions. Un contrat qui coche le critère "couverture des affections dorsales sans exclusion" peut simultanément appliquer une franchise de 180 jours sur ces mêmes affections, ce qui vide partiellement la garantie de son intérêt pour les pathologies courantes, généralement inférieures à six mois d'arrêt.
3 — La définition de l'ITT : "sa profession" ou "toute profession"
Le critère 6 de la liste CCSF porte précisément sur ce point, mais la FSI ne développe pas toujours la différence concrète entre les deux définitions.
- ITT par rapport à sa profession : l'assuré est couvert dès lors qu'il ne peut plus exercer sa propre activité professionnelle.
- ITT par rapport à toute profession : l'assureur ne prend en charge que si l'assuré est dans l'impossibilité d'exercer n'importe quelle profession, ce qui constitue un critère beaucoup plus restrictif.
Pour un chirurgien, un artisan ou un commercial dont l'activité est spécifique, la différence est majeure : une blessure à la main peut l'empêcher d'exercer son métier tout en lui permettant théoriquement d'en exercer un autre. Avec une définition "toute profession", l'ITT ne serait pas déclenchée.
Comment utiliser la FSI pour comparer deux contrats ?
La FSI permet une comparaison structurée en trois étapes successives, qui doivent toutes être réalisées avant de constituer un dossier de délégation.
Étape 1 — Identifier les critères cochés par la banque dans la section 3 et les reporter dans un tableau de comparaison. Ce sont les seuls critères sur lesquels le contrat alternatif sera évalué.
Étape 2 — Vérifier la correspondance critère par critère entre la FSI et les conditions générales du nouveau contrat. Si un critère est coché dans la FSI mais que les conditions générales ajoutent une restriction (franchise doublée, exclusion sur certains sinistres), le critère peut être juridiquement respecté tout en étant moins protecteur en pratique.
Étape 3 — Vérifier le TAEA (Taux Annuel Effectif d'Assurance) du nouveau contrat, indicateur obligatoire depuis 2015 qui permet de comparer le coût réel de l'assurance indépendamment du mode de calcul de chaque assureur (cotisation sur capital initial ou capital restant dû).
