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Quels recours en cas de refus abusif d'assurance de prêt ?

Article écrit par

Astrid Cousin

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Magnolia.fr

L’assurance de prêt conditionne l’accès au crédit, notamment lorsqu’il s’agit d’un prêt immobilier ou professionnel. Elle permet de protéger à la fois l’établissement prêteur, qui sécurise le remboursement des sommes accordées, et l’emprunteur, qui bénéficie d’une couverture en cas de décès, d’invalidité, d’incapacité ou d’autres risques prévus au contrat. 

Toutefois, l’accès à cette assurance peut parfois se heurter à un refus de la part de l’assureur, notamment en raison de l’état de santé, de l’âge, de la profession ou du niveau de risque présenté par le demandeur.

Si l’assureur dispose en principe d’une liberté d’appréciation du risque, cette liberté ne doit pas conduire à des décisions injustifiées, discriminatoires ou disproportionnées. Un refus d’assurance peut alors être considéré comme abusif lorsqu’il prive l’emprunteur d’une possibilité réelle d’obtenir son prêt sans motif valable ou sans respect des procédures prévues. 

Face à une telle situation, l'emprunteur n'est pas dépourvu de moyens d'action. Il convient d'abord de savoir comment contester un refus avant d'envisager la médiation ou le recours judiciaire.

Qu'est-ce qu'un refus abusif d'assurance de prêt ?

Un refus abusif d’assurance de prêt ne désigne pas tout refus opposé à un emprunteur. Il s’agit plutôt d’un refus qui dépasse la liberté normale d’appréciation de la banque ou de l’assureur, parce qu’il est : 

  • injustifié, 
  • insuffisamment motivé, 
  • disproportionné ou 
  • contraire aux règles encadrant l’assurance emprunteur.

En principe, une banque peut refuser une assurance externe lorsque le contrat proposé ne présente pas un niveau de garanties équivalent à celui qu’elle exige pour accorder le prêt. De même, un assureur peut refuser de couvrir un risque qu’il estime trop élevé, à condition que cette décision repose sur une analyse objective du dossier. Le refus n’est donc pas abusif simplement parce qu’il est défavorable à l’emprunteur.

Dans quels cas un refus d’assurance emprunteur peut-il être considéré comme abusif ?

Le refus d'une délégation d'assurance conforme

Depuis les lois Lagarde, Hamon, Bourquin et Lemoine, les emprunteurs disposent d'une plus grande liberté pour choisir leur assurance de prêt immobilier.

La banque ne peut pas imposer son contrat groupe si l'assurance externe proposée présente un niveau de garanties équivalent. Lorsqu'un contrat respecte les critères exigés par l'établissement prêteur et figurant dans la fiche standardisée d'information (FSI), un refus peut être considéré comme injustifié.

Un refus insuffisamment motivé

La banque ne peut pas se contenter d'indiquer qu'elle refuse le contrat sans fournir d'explications précises. Lorsqu'elle rejette une délégation d'assurance, elle doit préciser les garanties qu'elle estime insuffisantes ou non équivalentes.

Une réponse vague, incomplète ou imprécise peut compliquer l'exercice des droits de l'emprunteur et constituer un manquement à ses obligations.

Le non-respect de la convention AERAS

La convention AERAS a pour objectif de faciliter l'accès au crédit des personnes présentant un risque aggravé de santé.

Lorsqu'un dossier remplit les conditions prévues par ce dispositif, les procédures d'examen spécifiques doivent être respectées.

Un manquement aux règles de la convention ou une mauvaise application des mécanismes prévus peut justifier un recours.

L'absence de réponse dans les délais légaux

La réglementation impose à la banque de répondre à une demande de délégation ou de substitution d’assurance dans un délai de dix jours ouvrés à compter de la réception de la demande. 

Son silence, sa réponse tardive ou une réponse incomplète peut empêcher l’emprunteur de finaliser son financement ou de bénéficier d’un contrat d’assurance plus avantageux. Ce comportement peut alors être contesté, surtout lorsque le contrat proposé présente un niveau de garanties équivalent et que la banque ne justifie pas clairement son refus. 

Quels recours en cas de refus abusif d'assurance de prêt ?

Étape 1 : Vérifier les motifs du refus

La première démarche consiste à analyser attentivement la décision de la banque.

L'emprunteur doit vérifier que les motifs invoqués correspondent réellement à un défaut d'équivalence des garanties ou à une autre raison légitime.

Étape 2 : Comparer le contrat avec la fiche standardisée d'information

La fiche standardisée d'information constitue le document de référence pour évaluer l'équivalence des garanties. Comparer les garanties du contrat refusé avec celles exigées par la banque permet de déterminer si le refus est justifié ou non.

Cette étape est particulièrement importante avant d'engager une contestation formelle.

Étape 3 : Adresser une réclamation écrite

Si le refus paraît injustifié, l'emprunteur peut adresser une réclamation au service client ou au service réclamation de l'établissement concerné.

Le courrier doit rappeler les circonstances du litige, exposer les arguments justifiant la contestation et être accompagné des documents utiles.

Dans de nombreux cas, cette démarche permet de résoudre rapidement le différend.

Étape 4 : Saisir le médiateur

Lorsque la réclamation n'aboutit pas, il est possible de saisir le médiateur bancaire.

Cette procédure gratuite permet à un tiers indépendant d'examiner le dossier et de proposer une solution amiable.

Le médiateur peut notamment vérifier si la banque a correctement appliqué les règles relatives à la délégation d'assurance.

Étape 5 : Signaler le manquement à l'ACPR

L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) veille au respect de la réglementation par les établissements bancaires et les compagnies d'assurance.

Même si elle ne règle pas directement les litiges individuels, un signalement peut contribuer à faire remonter des pratiques contraires aux règles en vigueur.

Étape 6 : Engager une action en justice

Lorsque les démarches amiables échouent, l'emprunteur peut saisir les tribunaux compétents.

Cette solution est généralement envisagée lorsque le refus a entraîné un préjudice important, comme la perte d'une opportunité d'achat immobilier ou des frais financiers supplémentaires.

L'assistance d'un avocat spécialisé en droit bancaire ou en droit des assurances peut alors être utile.

Exemple de lettre de contestation d'un refus d'assurance de prêt

Nom et prénom
Adresse
Code postal - Ville
Téléphone
E-mail

À l'attention du Service Réclamation
Nom de la banque ou de l'assureur
Adresse

Objet : Contestation du refus de mon assurance emprunteur

Madame, Monsieur,

Par courrier (ou e-mail) en date du [date], vous m'avez informé du refus de ma demande d'assurance emprunteur / de ma demande de délégation d'assurance dans le cadre du prêt immobilier n° [référence du dossier].

Après examen de votre décision, je souhaite contester ce refus, que je considère comme insuffisamment justifié (ou non conforme aux garanties présentées dans mon contrat d'assurance).

En effet, le contrat proposé répond, selon moi, aux exigences mentionnées dans la fiche standardisée d'information qui m'a été remise lors de la mise en place de mon projet immobilier. Je vous remercie donc de bien vouloir réexaminer mon dossier et de m'indiquer précisément les motifs ayant conduit à cette décision ainsi que les éventuelles garanties jugées insuffisantes.

Vous trouverez ci-joint l'ensemble des documents utiles à l'étude de ma demande, notamment :

  • une copie du contrat d'assurance concerné ;
  • la fiche standardisée d'information ;
  • la lettre de refus reçue ;
  • tout autre justificatif pertinent.

Dans l'attente de votre retour, je vous remercie de bien vouloir procéder à un nouvel examen de mon dossier.

Je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.

Signature

Comment prouver le caractère abusif du refus d'assurance de crédit immobilier ?

La réussite d'une contestation repose souvent sur la capacité à démontrer que le refus n'était pas justifié.

Pour cela, il est recommandé de conserver l'ensemble des documents liés au dossier :

  • l'offre de prêt ;
  • la fiche standardisée d'information ;
  • le contrat d'assurance refusé ;
  • les courriers et courriels échangés avec la banque ;
  • les lettres de refus ;
  • les éventuelles expertises ou avis professionnels.

Un dossier complet facilite l'identification des irrégularités et renforce les chances de succès en cas de réclamation ou de procédure judiciaire.