Souscrire une assurance emprunteur est une étape incontournable pour obtenir un crédit immobilier. Pourtant, tous les assurés ne sont pas logés à la même enseigne. Certains profils sont considérés comme présentant un risque aggravé par les compagnies d'assurance, notamment en raison de leur profession. Les métiers à risques font l'objet de clauses spécifiques qui peuvent aller jusqu'à l'exclusion totale de certaines garanties. Comprendre ces exclusions est essentiel pour négocier efficacement son contrat et éviter les mauvaises surprises en cas de sinistre.
Dans cet article, nous vous proposons une liste détaillée des professions concernées, les garanties susceptibles d'être exclues, et les solutions pour se protéger malgré tout.
Quelles garanties sont le plus souvent exclues pour les métiers à risques ?
Selon la profession et les conditions de travail, voici les garanties les plus fréquemment limitées :
- Décès accidentel survenu dans l'exercice de la profession : l'assureur refuse de payer le capital restant dû si le décès est directement lié à un accident de travail considéré comme prévisible.
- Invalidité permanente liée à un accident professionnel : souvent plafonnée ou exclue pour les métiers BTP, travail en hauteur ou manipulation d'engins.
- Incapacité temporaire totale de travail (ITT) : parfois exclue pour les professions impliquant des efforts physiques, au motif que le risque d'arrêt de travail y est structurellement plus élevé.
- PTIA survenue en zone de guerre ou lors d'opérations militaires : exclusion classique pour les militaires en OPEX et les journalistes de guerre.
- Sinistres survenus lors de missions à l'étranger dans des pays en guerre : concerne les humanitaires et certains travailleurs expatriés.
Liste des métiers à risques en assurance de prêt
Voici la liste la plus complète des professions régulièrement signalées comme à risques par les assureurs et susceptibles de faire l'objet d'exclusions de garanties ou de surprimes.
Les professions des forces de sécurité et de défense
Ces métiers sont parmi les plus fréquemment ciblés par les exclusions, en raison de l'exposition directe à des situations de danger.
- Policiers nationaux et municipaux : notamment les unités d'intervention (BRI, RAID, GIGN), les policiers en tenue exposés aux violences urbaines.
- Gendarmes : y compris les unités spécialisées comme le GIGN ou les escadrons de gendarmerie mobile.
- Militaires : particulièrement ceux en opération extérieure (OPEX). Le risque de décès ou d'invalidité en zone de conflit est particulièrement élevé.
- Agents pénitentiaires : exposés aux agressions physiques au sein des établissements pénitentiaires.
- Agents de sécurité privée : notamment ceux affectés à la protection rapprochée ou au transport de fonds.
- Douaniers : en particulier ceux des unités de surveillance et d'intervention.
- Pompiers professionnels : métier reconnu comme particulièrement dangereux, avec des risques d'accidents graves lors des interventions incendie ou sur des accidents de la route.
Les professions du bâtiment et des travaux publics
Le secteur BTP concentre un nombre important d'accidents du travail graves et mortels chaque année, ce qui en fait une préoccupation majeure pour les assureurs.
- Couvreurs et charpentiers : travail en hauteur, risques de chutes importantes.
- Façadiers et échafaudeurs : exposition permanente aux risques de chute depuis des échafaudages.
- Monteurs en structures métalliques : travaux sur pylônes, charpentes métalliques, parfois à des hauteurs vertigineuses.
- Démolisseurs : manipulation d'engins et matériaux instables, risques d'effondrement.
- Mineurs et carriers : travail souterrain ou en carrière, risques d'éboulements et d'explosifs.
- Foreurs et géotechniciens : manipulations de machines lourdes, risques spécifiques liés aux forages.
- Électriciens du bâtiment sur chantiers à risques : exposés aux risques électriques graves en milieu de travail non sécurisé.
- Plombiers-zingueurs : travail en toiture, manipulation de chalumeau.
- Laveurs de vitres : chute de hauteur (échelle, nacelle, cordage), TMS (troubles musculosquelettiques), risques chimiques (produits irritants), chutes de plain-pied, conditions météo dangereuses.
Les professions du transport
- Chauffeurs de poids lourds et camionneurs longue distance : fatigue, accidents de la route, risque de renversement.
- Chauffeurs de matières dangereuses (ADR) : transport de produits chimiques, inflammables ou radioactifs.
- Pilotes de ligne et pilotes privés : bien que le transport aérien commercial soit statistiquement sûr, les pilotes sont soumis à des exclusions spécifiques liées à la pratique professionnelle du pilotage.
- Pilotes d'hélicoptère : notamment dans les domaines du secours en montagne, du transport offshore ou des vols agricoles.
- Mariniers et marins de commerce : exposition aux risques maritimes, naufrages, conditions climatiques extrêmes.
- Convoyeurs de fonds : risques d'agressions armées.
- Conducteurs de métro et de train : stress professionnel particulier lié aux accidents de personnes sur les voies.
Les métiers de la mer et de l'eau
- Pêcheurs professionnels hauturiers : la pêche en haute mer est l'une des professions les plus mortelles au monde.
- Marins pêcheurs côtiers : exposés aux retournements de bateaux, aux conditions météo difficiles.
- Plongeurs professionnels : travaux subaquatiques, inspection de coques, sécurité des installations offshore. Risques de noyade, de barotraumatismes, de décompression.
- Scaphandriers : travaux sous-marins à grande profondeur, risques liés à la pression et aux équipements.
- Travailleurs offshore (plateformes pétrolières et gazières) : exposition aux explosions, incendies, risques de chute en mer.
Les professions exposées aux risques chimiques, biologiques et radiologiques
- Chimistes industriels : manipulation de substances corrosives, explosives ou toxiques.
- Travailleurs dans les centrales nucléaires : exposition aux rayonnements ionisants, risques de contamination.
- Techniciens en désamiantage : inhalation de fibres d'amiante malgré les protections, risques de pathologies différées.
- Égoutiers et assainisseurs : exposition à des gaz toxiques (H2S), risques d'infection, milieux confinés.
- Laboratoires de recherche (manipulation d'agents biologiques pathogènes) : risques infectieux.
- Travailleurs agricoles exposés aux pesticides : maladies professionnelles reconnues liées à l'exposition chronique.
- Employés de traitement des déchets : collecte de déchets dangereux, risques chimiques et biologiques.
Les journalistes et travailleurs humanitaires
- Journalistes de guerre et correspondants en zones de conflit : risques d'enlèvement, de blessures par armes, de décès.
- Photographes de presse en zones sensibles : mêmes risques que les journalistes de guerre.
- Travailleurs humanitaires en missions à l'étranger : notamment dans les zones de conflit armé ou de catastrophe naturelle.
- Personnels d'ONG en terrain hostile : risques sécuritaires, épidémies, conditions précaires.
Les métiers de l'énergie et des installations industrielles
- Électriciens haute tension : interventions sur des lignes à très haute tension (THT), risques d'électrocution.
- Techniciens en maintenance d'éoliennes : travail en hauteur (nacelles à plus de 100 mètres), risques de chute.
- Agents de maintenance sur plateformes pétrolières : risques multiples (explosion, incendie, chute en mer).
- Opérateurs de fours industriels et hauts fourneaux : exposition à des températures extrêmes, risques de brûlures graves.
Les professions agricoles et forestières exposées
- Bûcherons et sylviculteurs : chutes d'arbres, manipulation de tronçonneuses, terrain accidenté.
- Élagueurs arboristes : travail en hauteur dans les arbres, risques de chutes et de coupures.
- Agriculteurs utilisant des engins agricoles lourds : renversements de tracteurs, accidents avec moissonneuses.
Quelles solutions pour les emprunteurs exerçant un métier à risques ?
Exercer une profession à risques ne signifie pas qu'il est impossible de s'assurer convenablement. Plusieurs solutions existent.
La délégation d'assurance
Depuis la loi Lagarde, vous êtes libre de choisir votre assurance de prêt auprès d'un assureur autre que votre banque, à condition que les garanties offertes soient équivalentes à celles exigées par le prêteur.
Cette liberté est particulièrement précieuse pour les professions à risques :
- Certains assureurs spécialisés proposent des contrats spécifiquement adaptés aux métiers dangereux.
- La comparaison des offres permet de trouver un assureur qui accepte de couvrir le risque professionnel sans exclusion ou avec une surprime raisonnable.
- Des courtiers spécialisés en risques aggravés peuvent négocier des conditions préférentielles.
La surprime comme alternative à l'exclusion
Plutôt qu'une exclusion pure et sèche, certains assureurs proposent de maintenir les garanties moyennant le paiement d'une surprime professionnelle. Certaines exclusions sont en effet rachetables.
La surprime d’assurance de prêt peut représenter de 20 % à plus de 100 % du tarif standard selon le métier exercé. Si le coût est plus élevé, cette solution offre une protection complète et évite les mauvaises surprises en cas de sinistre.
Les assurances collectives professionnelles
Certaines professions bénéficient de régimes assurantiels spécifiques négociés au niveau de la branche professionnelle :
- Les militaires bénéficient d'un régime de protection spécifique via le ministère des Armées.
- Les pompiers professionnels peuvent bénéficier de régimes complémentaires via leurs syndicats ou mutuelles sectorielles.
- Les policiers disposent d'organismes mutualistes dédiés (MNPF, MNP, etc.) qui proposent des garanties adaptées à leur métier.
Comment bien lire les exclusions professionnelles de son contrat d'assurance emprunteur ?
Quel que soit votre métier, il est indispensable de lire attentivement les conditions générales et particulières de votre contrat d'assurance emprunteur. Voici les points de vigilance essentiels.
Les clauses à repérer absolument
- La définition de l'exercice professionnel : le contrat précise-t-il que l'exclusion s'applique uniquement lors de missions spécifiques ou de manière générale à l'ensemble de l'activité ?
- La notion de territorialité : certains contrats excluent les sinistres survenus hors de France métropolitaine ou dans des zones dites "de guerre".
- La distinction entre accident de droit commun et accident du travail : un assureur peut couvrir le décès accidentel survenu en dehors du travail mais l'exclure en cas d'accident professionnel.
- Les franchises spécifiques : certains contrats maintiennent la garantie ITT mais l'assortissent d'une franchise plus longue (90 jours au lieu de 30 jours habituels) pour les professions à risques physiques.
- Les exclusions liées à la pratique sportive professionnelle : à ne pas confondre avec les exclusions liées aux sports pratiqués en loisir.
Les questions à poser à votre assureur
- Mon métier figure-t-il sur votre liste des professions à risques ?
- Quelles garanties sont exclues ou limitées du fait de mon activité professionnelle ?
- Une surprime est-elle applicable, et de quel montant ?
- Puis-je racheter certaines exclusions professionnelles moyennant une surprime ?
- La couverture est-elle maintenue si je change de poste au sein de ma profession ?
